Balade 199 : Cilz qui s’attent au blef de son voisin (CCI)
Autre Balade
Cilz qui s’attent au blef de son voisin
Et au mangier d’une estrange personne,
Et qui se veult vivre de l’autrui vin
Et qui rien n’a et cuide qu’om lui donne,
5 Et sur autrui edifice maisonne
Pert ce qu’il fait et se travaille en vain.
Se povres n’est, povreté le sermonne,
S’il ne l’est hui qu’il le sera demain.
Il fault panser et regarder la fin,
10 Et que chascun pour sa vie maçonne
Et qu’om se soit d’oiseuse trop afin.
Car qui oiseus sanz labour s’abandonne
Povre se voit, et quant il pluet ou tonne
Se recept n’a, bien doit gesir a plain.
15 Chascuns meschant de lui dit et raisonne,
S’il ne l’est hui, qu’il le sera demain.
Or faisons donc com saige pelerin :
Soyons garni, faisons du moien bonne.
Ayons du blef pour porter au moulin
20 Et un recept et du vin en la tonne,
Des pois, du lart. qui maisnage y foisonne
Sanz peril vit et se tient au certain,
Se[1] autrement fait, chetis sera tout homme,
S’il ne l’est hui, il le sera demain.
[1] Saint Hilaire corrige en s’