[151]
fessoit toutes les sepmaines deux fois et faisoit plusieurs aulmosnes charitables alhonneur et louenge de la glorieuse vierge marie, et estoit si gracieuse a chascun que tout le peuple laymoit. Il advint ung jour comme son confesseur estoit a genoulx devant lymage de lavierge marie ou il disoit la salutacion angelicque tresdevotement la vierge Marie qui veult remunerer ses serviteurs et ne permect quilz soyent pugnus eternellement sapparut a luy en disant. Prestre devot jau ton service aggrable je congnois que la royne a coustume de soy confesser a toy, touteffois elle a commis ung tresenorme et vil peche quelle tient enferme dedans son cueur & ne lose confesser pour la honte quelle a Elle est deliberee demain soy confesser et elle venue tu luy diras que ses oraisons et aulmosnes a ma requeste sont aggrables par devant mon pere et filz, et aussi que je luy commande quelle se confesse du peche quelle tient enclos en sa pensee & en ce faisant il luy est pardonne, et si elle ne veult adjouster foy en tes parolles prie luy quelle oste son gan de sa main et incontinent verras le peche perpetre quelle ne veult confesser ne dire, touteffois se elle fait reffus de loster je te commande luy oster a force. Apres ces parolles la vierge marie se disparut & demeura le devot prestre tout console de la vision Lendemain au matin la royne vint par devers luy et se confessa de tous ses pechez excepte du peche dessusdit. Le prestre luy dist. Ma dame dictes moy hardyement ung secret peche que tenez enclos en voste pensee et nayez point de honte, car la vierge marie sest apparue a moy qui ma dit quelle aprins a gre vos ervices et aulmosnes et que
[152]
vostre peche vous est pardonne par son filz si vous le voulez confesser, mais de ce faire fist reffus, car pour priere quil luy sceust faire ne le voulut confesser. Et voyant quelle estoit obstinee luy prya affectueusement que elle ostast son gan et luy monstrast sa main Mais pour priere ne requeste quil sceust faire ne le voulut oster, toutesfois elle se escuxa en disant. Je nay pas la main saine je ne vueil que homme la voye Nonobstant ses excusations le prestre trouva moyen de luy oster le gan dont elle fut tresmal contentente, & ce considerant le prestre la rappaisa au mieulx quil luy fut possible en luy disant doulcement. Ma dame pardonnez moy je nay fait chose que la vierge ne me ait commande, ce qui contenta aucunement la noble royne. Incontinent le gan oste le prestre apperceut les quatre cercles tous sanglans. Au premier cercle estoient c c c c a lentour duquel estoit escript. Casu cecidisti carne cecata. Cest a dire tu est cheuste par cas aveuglee de charnalite. Du cercle second estoient d d d d ou estoit escript. Demoni dedisti dona donata ; Cest a dire tu as donne au dyable les dons que dieu te a donnez. Au troisiesme cercle estoient m m m m ou estoit escript. Monstrat manifeste manus maculata. Cest a dire ta main macullee le monstre manifestement. A lentour du quatreisme cercle estoit r r r r ou estoit escript. recedit rubigo regina rogata. Cest a dire la bonte se pert apres que la royne est priee. Quant la noble royne ouyt ainsi parler son confesseur elle congneut que son peche luy estoit manifeste, et incontinent avecques grande effusion de larmes se prosterna a genoulx devant son confesseur
[153]
auquel confessa par grande contriction et repentance son peche commis lequel elle avoit par si longue espace de temps cele, & par ainsi elle obtint absolution Et apres la penitence enjoincte par elle faicte trespassa et obtint leternelle gloire.
¶Moralite.
NOus povons fantasier et applicquer ceste royne a nature humaine, et son filz a delectacion charnelle, le filz occis et tue au genre humain Quant nature humaine par la bouche de adam mordit a la pomme elle engendra ung filz que nous appellons tout le genre humain quelle atue et occis par peche mortel dont le sang que nous prenons pour peche fut si notoire quil estoit impossible le celer fors seullement par ung gan, par lequel povons figurer nostre fragillite. Or ne povoit jamais estre efface nostre peche fors par le merite de la passion de Jesus. Nous povons applicquer le confesseur aux sainct esperit qui a visite la vierge Marie dont elle a conceu ung beau filz par lequel nous sommes saulvez Touteffois en nostre main estoient quatre cercles. Le premier cercle prenons pour congitacion ou pensee de laquelle procede le peche. Le second pour delectacion. Le tiers pour consentement, et le quart pour leffect du peche. De telz quatre cercles estoit signe Adma quant il pecha et nous aussi en sommes signez quant nous pechons. Au premier estoit c c c c Casu cecidisti carne cecata. Casu peult estre dit le dya
[154]
ble par lequel tout le genre humain est perdu Cecidisti Tu es cheu en enfer Carne, en frigdite maladies & plusieurs miseres tu as este cree en paradis sans aucune faulte, mais pour le peche de ton premier pere tu es envelope de toutes ces miseres Cecat Tu est fait aveugle, car par ce peche as perdu la vision de dieu et des joyes celestielles de paradis. Au second sercle estoient d d d d. Demoni dedisti dona donata. Demoni dedisti Tu as donne to name au dyable quant tu as peche et offense dieu le createur mortellement Comme fit le premier homme quant il mangea de la pomme a luy deffendue Dona donata se peult entendre les vertus dequoy dieu ta aorne et donnees au baptesme et tu les as donnees au dyable en luy obeyssant a ses persuasions ; Par les m m m m il est assez notoire en quelle povrete nous sommes Car premierement nous estions fais et creez pour non jamais mourir. Mais pour ce peche nous sommes fais mortelz Manus maculata, car toutes noz œuvres quelles quilz soyent honnes ne eussent sceu garder le genre humain de trebuscher en enfer. Au quatriesme cercle estoit r r r r. Recedit rubigo regina rogata. Recedit. La charge de peche est ostee par la passion de Jesuchrist. Rubigo Peche originel par baptesme ? Regina Cest a dire la vierge Marie par sa benoiste conception quant elle a conceu du sainct esprit. Rogata Elle est mediatrixe entre dieu & homme Car par la supernaturelle conception de son filz, joyeuse nativite, douloureuse circuncision, tresamere passion, glorieuse resurrection et admira
[155]
ble ascention nous povons parvenir a la gloire eternelle.
¶De commectre homicide sans y penser.
IL faut penser a ce quon fait
Sans estre trop chault ou hastif
On peult soubdain faire ung forfait
Dont apres on est fugitif
Et par long temps songeart, pensif
Pour la deffaulte ainsi commise
Sans avoir pardon de lestrif
Cest que dieu y ait la main mise.
¶Se de cas de fortune advient
Que ayons fait quelque forfaicture
Repentir il nous en convient
Par raison et selon droicture
Corrigeant la fresle nature
Qui a lesprit fantasieux
Car tous sommes en adventure
Soubz le povoir du roy des cieulx.
¶Lhomme a peine se peult garder
De fortune predestinee
Parquoy il doit bien regarder
Ne avoir la pensee obstinee
Sil a voulente indignee
Se refroidir tout a loysir
A peine on passe la journee
[156]
Sans avoir quelque desplaisir.
¶Il est requis aucuneffois
Habandonner ses pere et mere
Suyvre cours des princes et roys
Pose quon y ait peine amere
Mais qui y sert bien et differe
Obeyssant a son seigneur
On peult estre hors de misere
Et parvenir a grant honneur.
¶Nous avons de simples gens veuz
Avoir es cours grant advantage
Les ungs en leglise pourveuz
Et les autres par mariage
Ny a que davoir bon courage
Et faire son cas par moyen
Mais quon ait une femme saige
Le demourant se porte bien.
¶Femme doit aymer les parens
Du mary par bonne maniere
Navoir avec eulx differens
Gectant debatz, discordz arriere
Mais faire avec eulx bonne chiere
La femme par ce point sera
De son espoux amye treschiere
Et jamais ne la laissera.
[157]
¶Femme qui ayme son mary
A tousjours ses parens en grace
Sel le voit cource ou marry
Ne doit avoir joyeuse face
Mais en tout lieu et toute place
Le Conforter au mieulx quel peult
Tout dueil et tout courroux sefface
Quant lung veult ce que lautr veult.
¶Se a lhomme vient necessite
Qui a femme de bonne sorte
Moytie de son adversite
Sans doubter dedans son cueur porte
Et quant lung lautre reconforte
Tant ayent lecueur navre, presse
Silz ont amytie et foy forte
Nest courroux qui ne soit laisse.
¶Exemple.
[158]
[illustration]
IL fut ung noble homme et une noble dame conjoinctz par mariage qui en la fleur de leur aage engendrerent et conceurent ung filz qui fut nourry delicieusement jusques en laage de vingt ans tousjours tenu subgect par ses pere et mere & aussi navoit vouloir leur desobeyr, car il estoit de bonnes meurs Advint quil luy print ung jour vouloir de aller a la chasse & acompaigne de aucuns ses braconniers, veneurs & faulconniers se mist sur les champs ou ses chiens trouverent ung cerf de merveilleuse grandeur. Le jeune filz
[159]
estoit nomme julian. Lequel voyant ledit cerf avoir fait plusieurs ruses par lesquelles estoit eschappe au veneurs et chiens le poursuyvit dedans le boys en si grande diligence que ses serviteurs perdirent la veue tant de luy que du cerf, lequel cerf fut si longuement poursuivy que dedns une lande se retourna et fist arrest devant la face dudit julian et parla a luy en telle maniere. Ne viens plus apres moy, pense a ton cas ; Car ung jour viendra que tu tueras ton pere et ta mere. Lescuyer julian oyant tel parler demoura tout esperdu et pensif tant pour le langaige quil avoit ouy parler a une beste sauvaige et irraisonnable de facon que pour le cas quil estoit predestine commettre, si print conseil en soy mesme et fantasia pour eviter que telle fortune ne luy advint habandonner la chasse mesmement le pays et aller en estrange region. Se partit sans plus retourner devers pere ne mere. Et chevaucha tant par ses journees quil arriva en la court dung grant prince et seigneur qui le receut volutainrement et obtint la grace tant de luy, des autres princes, seigneurs et gouverneurs du pays que des dames et damoyselles. Mesmement a une bataille qui fut faicte durant ce temps contre ledit prince se monstra vertueux et fut cause de gaigner la victoire. Ce qui meut ledit prince donner la collee a Julian et le faire chevalier, puis luy donna en mariage la femme dung sien deffunct chastellain noble dame bonne é honneste & ung fort pruissant et riche chasteau pour douaire ou lescuyer julian et sa femme firent leur demeure, et estoit impossible de aymer plus lung lautre que faisoient lesditz mariez.
[160]
Or est il requis dentendre que les pere et mere de julian attendirent par plusieurs journees le retour de leur filz, mais voyant quil ne revenoit point devers eulx firent plusieurs egretz & lamentacions, car cestoit leur seul filz et heritier. Le pere disoit en ceste maniere.
Le pere de julian
SE je me plains cest la raison
Car jay perdu mo nesperance
Par quoy ne puis en ma maison
Ne dehors prendre esjouissance
Celluy qui durant son enfance
Me donnoit plaisir et soulas
Navre mon cueur ainsi que en transse
Qui me contraint de dire helas.
La mere de julian
¶Helas jay perdu mon plaisir
Par quoy seuffre peines cruelles
Et me vient tel courroux saisir
Que femme oncques nen eust de telles
Du laict dunes tendres mamelles
Lay si doulcement alaicte
Et fortune par ses caultelles
Subtillement le ma oste
Le pere du julian
¶Oste mest par grande rigueur
Celluy qui me donnoit leesse
Par quoy nay force ne vigueur
Et fault que tout plaisir je laisse
Car le baston de ma vieillesse
[161]
Jay perdu dont suis plain de cueil
Merveille nest si jay sans cesse
En souspirant la larme a loeil.
La mere de julian
¶La larme a loeil je dois avoir
Gectant plusieurs regretz et plainctes
De joye et plaisir recevoir
Desormais ce ne sont que fainctes
Delectacions jay prins mainctes
Le nourrissant humainement
Si prie a jesus les mains joinctes
Que en oye nouvelle aucunement
Le pere de julian
¶Aucunement je ne me puis
Resjouyr la cause y est bonne
Se en peince incessamment je suis
Le tort a fortune jen donne
Jay ung seul filz qui mabandonne
Toutesfois encor je latens
Jesus sil luy plaist en ordonne
De ses faictz fault estre contens.
La mere de julian
¶Contes fault estre maulgre nous
Mon cher amy je vous laccorde
Mais cesser ne puis mon courroux
Quant de mon filz je me recorde
En paix, en maour et concorde
Partit davec nous haa vray dieu
Par sa saincte misericorde
[162]
Dy nous son demeure et son lieu.
¶Lacteur.
APres ce que le pere et la mere eurent longuement plore la pert de leur enfant eurent en fantasie partir hors de leur habitacion et aller en plusieurs places & cyrcuir plusieurs pays disant que jamais ne retourneroient jusques a ce quilz eussent eu nouvelles de leur enfant. Se partirent eulx deuc ensemble et firent tant par leurs journees quilz arriverent au bourg qui estoit soubz la seigneurie du chasteau appartenant a leur filz, et apres linquisition par eulx faicte aux gens du pays congneurent que le seigneur du chasteau estoit leur filz q(ui-lz avoient tant cherche qui leur donna une joye singuliere. Si delibererent aller au chasteau visiter leur enfant, mais ilz furent advertis que au matin sestoit prty pour aller au gibier, toutesfois quelqung du chasteau qui estoit au logis des pere et mere de Julian saichant que cestoit le pere et la mere l’annonca a la dame sa maistresse. Et incontinent quelle en fut advertie partir de son chasteau et se transporta devers eulx leur faisant ung gracieux et amoureux recueil. Et apres plusieurs parolles et enseignes qui furent baillees par lepere et la mere de julian congneut veritablement que son mary estoit leur filz par quoy comme plaine de bon vouloir et amour cordialle en lheure presente les mena en son chasteau ou elle mesme les traicta humainement attendant la venue de leur fils son mary & eut enfantasie affin de leur faire plus dhonneur que apres soupper elle les coucheroit au propre lict ou son mary & elle prenoient leur repos, ce quelle
[163]
fist & reposerent le pere et la mere de julian toute la nuyt Lendemain au matin la noble dame chsastellaine apres son lever ainsi que elle avoit de coustume, alla a la messe Et tandis quelle y estoit son mary julian arriva et incontinent quil fut descendu de son cheval encor tout houze et esperonne entra en sa chambre delibere se reposer avec sa femme, et regardant dedans son lict vit ung homme et une femme qui y estoient couchez, or cuidoit il que ce fust quelque paillard qui eust seduicte ou subornee sa femme par quoy eut fantasie tirer son glaive et les tuer tous deux ce quil fit. Incontinent se part tout despite de sa chambre mais il nen fut gueres loing quil rencontra sa femme qui venoit de ouyr messe qui luy dist. Mon amy resjouissez vous, car vostre pere et vostre mere vous sont venuz visiter lesquelz pour lamour de vous jay mis reposer dedans nostre lict, je vous pris allons vous & moy les consoler. Quant julian entendit ses parolles il congneut & eut en memoire les parolles du cerf et dist a sa femme lhomicide quil avoit commis dont elle fut tresesbahye et courroucee en cueur. Mais Julian fort trouble considerant le cas quil avoit commis fut fantasie et se delibera incontinent partir de ce lieur pour aller faire penitence et que jamais ne retourneroit jusques a ce quil fust certain que dieu luy auroit pardonne son meffait par quoy print conge de sa femme disant telz motz.
Julian
MA tresloyalle et doulce amye
Que jayme de cueur tresparfait
Fortune se monstre ennemye
[164]
De moy comme on voit par effect
Moy ygnorant jay meurtre fait
Qui met mon cueur en deplaisance
Car je scay bien que le meffait
Nest excuse par ygnorance
La femme de julian
¶Certes mo namy le remede
Est porter tout paciemment
De mauvais vouloir ne procede
Fait lavez sans scavoir comment
Mais dieu qui ne fault nullement
De ses serviteursse recorde
Criez luy mercy humblement
Il vous fera misericorde
Julien
¶Je congnois que tay offencee
En tant que tay impose blasme
Et que neuz jamais la pensee
Me pourchasser quelque diffame
Et pource mamye et ma femme
Je prens conge de cueur courtois
Pour purger ma maculee ame
En lieu solitaire men vois
La femme juliean
¶Jai eu mon plaisir par compas
Avec vous sans dueil ne tristesse
Pour quoy ne porterau je pas
Ma part de vostre grant destresse
Dieu ne permette helas que laisse
[165]
Vostre cueur de douleur saisir
Ne que on me voye prendre liesse
Lors que vivrez en desplaisir
Julian
¶Ma femme et amye ainsi est
Que moy seul ay commis loultraige
Sur moy doit venir literest
Porter nen devez le dommaige
Je prens conge courtoise et saige
Par trop me desplaist le malheur
Car raison veult que mon oultraige
Soit pugny par peine et douleur
La femme julian
¶Vray est que avez le cas commis
Mais cest par moy bien le scavez
Se en ce lieu ne les eusse mis
Par vous neussent este trouvez
Remede ny a vous avez
Commis le cas dont je mestonne
Si la penitence en devez
Porter ma part je mabandonne.
Julian
¶Vostre doulx parler gracieux
Mest agreable et me conforte
Mais de venir en divers lieux
Avec moy vous estes peu forte
Permettez que tout seil je porte
La peine que je dois avoir
Jusques a ce quon le rapporte
[166]
Que pour ce cas aye fait devoir.
La femme julian
¶Comment me voulez vous laisser
Seulle a part moy vuidee de joye
Seroit pour mon honneur blesser
Mon chier amy se vous laissoye
Jay espoir que dieu nous pourvoye
Pourquoy me menez avecvous
Sil vous plaist par champs et par voye
Je vous en prie a deux genoulx.
¶Lacteur.
LE chevalier considerant lamytie et bon vouloir que sa femme avoit a luy luy accorda sa requeste, prindrent leur meuble, partirent du chasteau seulletz le plus secrettement quilz peurent Et tant cheminerent quilz arriverent pres dung fleuve impetueux et tresdangereux a passer, pres duquel ilz firent edifier ung hospital qui fut muny de utensilles Auquel hospital recevoient tous povres, et oultre firent faire une nacelle ou ilz passoient tous venans En cedit hospital servoient les povres sans avoir autres serviteurs & fiserent en cest estat par long temps faisans abstinences et jesunes. Advint ung jour ainsi que julian estoit de nuyt couche en son lict las et traveille, morfondu & engele pour une tresgrande gelee qui estoit pour lors ouyt une piteuse voix de lautre part du fleuve qui disoit. Julian viens moy passer. Incontinent Julian se leva tout esmeu, alla oultre leaue trouva ung povre home qui estoit quasi transy de froit, le print entre ses bras et le mit en sa nacelle puis
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le passa et le voyant ainsi plain de froidure le porta en sa maison, mais quele grant feu que sa femme & luy sceussent faire impossible fut leschauffer parquoy julian doubtant quil ne trespassast le mist coucher en son lict propoe ou leschauffa et couvrit au mieulx quil peut. Peu de temps apres alla visiter ce povre homme qui luy sembla ainsi que ung ladre, puis apres trescler & luysant monta au ciel disant a julian son hoste. Nostre seigneur te mande par moy quil a eue ta penitence pour aggreable & que ton peche test pardonne, il a prepare ton logis en son paradis ou parviendras de brief acec ta femme, puis se absconsa Et tost apres ledit julian et sa femme plains de vertus & bonnes œuvres payerent le tribut naturel et furent leurs ames portees en leur logis eternel.
¶Moral.
CE chevalier juliant peult estre figure aung bon prelat A ce que julian chasse povons dire que il doit trasser les ames dont il a le gouvernement. Par le cerf on peult figurer jesuchrist, car comme le cerf desire estre aux eaues des fontaines ainsi nostre ame doit desirer parvenir a la grace de dieu. A ce que julian suyt le cerf povons entendre que le prelat doit suyvre jesuchrist & faire ses commandemens A ce quil habandonna ses pere et mere devons prendre figure sur la saincte escripture qui dit. Qui aura laisse ses pere & mere sera sallairie a la centiesme partie et possedera la vie eternelle A ce que ce chevalier est alle en loingtain pays povons fi
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gurer que ung prelat se doit transporter hors du monde & des choses mondaines vivant purement & sainctement. A ce que julian servit ung prince et batailla pour luy povons dire que le prelat doit servir le prince eternel cest jesuchrist et batailler contre ses ennemys qui sont la chair, le monde et le dyable. Et quant le prelat aura ainsi bataille il luy donnera sa grace a femme espouse Ainsi que le prince donna la chastelaine a julian, mais nous voyons souvent ensuyvent tellement les prelatz quilz les esmeuvent a mal faire par cogitacion, operation et acoutumance durant nostre vie, et en avons a la mort trois douleurs, cest assavoir lyre de dieu, la privation du ciel et peine denfer Ce que tu dois tuer de ton couteau de penitence et apres venir au fleuve de la saincte escripture et eslyre une maison salutaire Cest assavoir jeusner, donner aulmosnes et prier dieu, le servir et aymer dedans ton cueur pour parvenir a la joye eternelle.
¶De femmes despites et furieuses qui veulent faire a leur plaisir.
FEmme que ont voit obstinee en son mal
Et ne veult point estre de nul reprise
COmmectre peult vice voire enormal
Parquoy chascun la blasme et la desprise
Quant elle fait quelque folle entreprise
Advis luy est que mieulx pource on la prise
Mais pire vault que une faulse marastre
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S alangue est preste a mal dire et aprise
Parens, amys ne son mary ne prise
Cest grant danger de femme acariastre.
¶Il y en a qui ont legier vouloir
Sottes en faictz et en parler coquardes
Si folles sont quilz cuident trop valoir
Pource quilz nont renom destre paillardes
Gentes de corps, plaisantes et gaillardes
Semblent aux gens, culz ont fardez des bardes
Sur le pave se veulent regarder
Mais en secret parolles goullardes
Qui vallent pis que coups de hallebardes
Sort de leur bouche en voulant brocarder.
¶Son cul garder preude femme ne fait
Il est requis de sa langue refraindre
Car qui dautruy allegue le forfait
Doit regarder se on peult sur luy attaindre
Son est cource et que on tache gens poindre
Eulx revencher veulent quant vien au joindre
Puis ung debat sesmeult qui est villaion
On sentrebat, au juge on se va plaindre
Le proces fait lung lautre on veult contraindre
Il est requis daller le chamin plain.
¶Orgueil siet mal afemme il est ainsi
Et si ne doit estre trop familliere
Car il ya maint amoureux transy
[170]
Qui de en jouyr veult trouver la maniere
Femme qui veult estre despite et fiere
Et qui ne daigne a nully faire chiere
Voulant avoir cueur fier, couraige hault
Qui sa parolle appete tenir fiere
Si ce nest quant de mesdire est legiere
Sa compaignie en effect bien peu vault.
¶Concupiscence et volupte ont bruyt
Avec orgueil au cueur daucunes femmes
Qui leur honneur aolit et destruyt
Et si ne sont en repos de leurs ames
Bien scay quil est de tresnotables dames
Qui nont reproche ou aucuns villains blasmes
Ilz font leurs cas selon droit et raison
QUen leur follie ilz distribuent par dragmes
A ung chascun, reputees sont infames
Et ne doit nul frequenter leur maison.
¶Si avec vous concupiscence avez
Orgueil aussi et volupte mondaine
Il est requis que le moyen trouvez
Que pendues soyent dedans vostre demaine
A trois cordons, lung nomme jeusne humaine
Et lautre dit chastete pure et saine
Noublier pas dabstinence la corde
Quant les pendrez, car cest la voye certaine
Pour parvenir a la gloire haultaine
Ou dieu nous met par sa misericorde.
[171]
¶Il est requis se bien vivre voulez
Monstrer exemple atoutes voz voisines
Si lune lautre en honneur consolez
Daller aux lieux etermenz serez dignes
Mais si voulez faire ung grant tas de mynes
Au amoureux sans prendre disciplines
Vendans voz chairs pour escus ou ducas
Decevant gens par vos frauldes vulpines
Tous voz plaisirs tumberont en ruynes
Et en la fin on scaura vostre cas.
[illustration]
[172]
¶Exemple.
UNg homme fut conjoinct par maraige a une femme assez jeune qui fut si plaine de sa voulente quelle eut fantasie ne obeyr jamais a son mary Car elle estoit fiere, despite et orgueilleuse. Son mary du commencement la traicta humainement luy cuidant changer sa condicion, mais tant plus quil faisoit a son plaisir et tant plus estoit mauvaise. Advint ung jour apres quil eut mis peine de la chastier par parolles et que il vit quil perdoit sa peine luy fit plusieurs menasses, dont elle fut si fort despitee quelle senfuyt en ung jardin ou il y avoit ung bel arbre, print une corde et se pendit en une branche. Et ce voyant son mary pensa en sa fantasie quil trouveroit moyen en recouvrer une autre, et de fait pour la seconde fois espousa une autre femme qui fut si plaine de concupiscence charnelle et libidineuse quelle nescondissoit homme touchant le jeu de aumer dont le maru se apperceut si se advisa quil ny scauroit mectre remede fors lenfermer en sa chambre et la garder de troter par les rues et gaster le pave, parquoy lenferma par aucune espace de temps en une chambre, touteffois elle trouva une nuyt facon deschapper secrettement, entra au jardin et se pendit avec la premiere femme. Le mary fort esbahy de ceste adventure ne sceut que penser Touteffois sa fantasie fut de soy arrester a ung proverbe quon dit. Toutes tierces sont bonnes, se delibera de espouser encore une autre femme Mais si la premiere fut fiere, despite et orgueilleuse, et la seconde plaine de concupiscence charnelle La troisiesme fut encores plus plaine de vo
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lupte mondaine Car toutes les sepmaines vouloit avoir vestemens nouveaulx et estoit impossible au mary scavoir entretenir si gros estat sans devenir povre & meschant Si luy remonstra au mieulx quil peut disant pour la chastier qui lavoit achete de la marchandise et quil falloit vendre partie de ses habitz pour la payer dont elle fut courroucee tresfort disant quelle estoit bien de lieu venue pour porter tel estat et sans considerer que son mary estoit de moyen estat. Touteffois adint ung jour que pour aucune debte que le mary devoit les sergens furent a la maison qui prindrent les meilleures robes quelle eust par execution. Or lendemain la demme estoit de nopces de lune de ses parentes, eut en fantasie que si elle se y trouvoit povrement acoustree que on sen mocqueroit Et aussi se ne si trouvoit celuy seroit honte et reproche parquoy fut sa fantasie de aller au jardin et de soy pendre comme les autres femmes. Le mary voyant ses trois femmes ainsi pendues fist plusieurs complainctes, sadressa a ung sien filz et a plusieurs de ses voisins triste, merencolieux & parla a eulx en plorant, disant telz motz. Jay en mon jardin ung arbre bel & plaisant, mais tant ya que ma premiere femme si est pendue, la seconde aussi et pareillement la tierce qui mest une peine merveillable, si vouldroye bien avoir bien conseil sur ce cas Or les voisins a qui il faisoit ce recit estoient mariez a femmes noysives & tenceresses. Lung diceulx luy fist responce. Tes trois femmes se sont pendues atrois branches de larbre Je te prie donne moy ung greffe de chascune branche affin que jen departe entre noz voisins qui avons mauvaises femmes si les planterons
[174]
en joz jardins ou le temps advenir noz femmes se penderont qui nous sera ung tresgrant reconfort et joye singuliere, par quoy me semble que tu as tort de plorer la perte de celles qui te tourmentoient jour et nuyt. Le mary a qui ces femmes sestoient pendues alla en son jardin print de chascune des trois branches ung sion, les bailla a lung de ses voisins qui se delibera les departir aux autres.
Moral
PAr cest arbre qui est plante au jardin on peult fantasier pour le jardin nostre cueur et pour larbre qui est plante nostre saulveur et redempteur jesuchrist. Par les trois femmes qui se sont pendues en larbre povons fantasier et entendre que lhomme a trois femmes en ce monde qui le tormentent jour et nuyt et se nomment Concupiscence charnelle, volupte mondaine et orgueil. Mais si tost que lhomme qui est pecheur congnoist la follie de telles femmes et que par le moyen de la grace de dieu il veult amender sa conscience ses trois femmes despitees que avecques luy ne prennent plus leurs plaisirs se vont pendre a cest arbre Concupiscence se pend a la corde de jeusne & chastete Orgueil a la corde de humilite, et volupte a la corde daumosne. Celluy qui a demande les trois branches povons figurer au bon chrestien qui de toute sa puissance les veult desirer et appeter non pas pour luy, mais pour tous es voisins affin quilz plantent en leurs jardins qui sentend en leurs cueurs ung arbre ou se pendent ces trois femmes qui sont causes de plusieurs pechez ; Le mary qui pleure
[175]
pour la perte de ses femmes on peult prendre pour le malheureux homme qui est courouce quant peche se part davecques luy. Car il prent plaisir et delectacion a pecher. Touteffois souvent a la persuasion dung homme de bien celluy peult estre remis a bonne vie, et se repentant faisant penitence acquiert le vie eternelle.
¶De demander bon conseil aux saiges.
NObles seigneurs qui sont promptz diligens
Deliberez ouyr parler les saiges
Acquierent bruyt, espritz ont prudens gentzPour gouverner leurs subgectz & leurs gens
Jeunesse apprent les ditz de ses regens
Cela luy sert souvent en maintz passaiges
Seigneurs sont prestz pugnir vices, oultraiges
Silz ne croyent point folz parlans de legier
Par ce scauront les pertes et dommaiges
Les maulx commis en villes et villaiges
Et ceulx qui font les larcins et pillaiges
Car en eulx est les faultes corriger
¶Cest ung grant bien davoir prince prudent
Qui a desir faictz vertueux apprendre
Quant il congnoist ung mauvais incident
Qui peult venir par aucun accident
Ou que estrangiers sont dessus luy la dent
Facillement pourra leur cas entendre
[176]
Comme prudent juste responce rendre
A ung chascu ntant soit grant balsonneur
Dissimulant quant est saiso ndatendre
Voulant tousjours a bonne fin pretendre
Fier aux maulvais, aux bons cueur piteux tendre
Parvenir fait la science a honneur.
¶Il ne suffit que on soit docte en scavoir
Estre beau, fort quelque chose quon die
COngnoistre fault dont peult venir lavoir
De ses subgectz come on le peult avoir
Pour sur ce cas en faire son devoir
La est requis mettre son estudie
Les seigneurs sont subgectz en malladie
Comme leurs serfz nest nul qui ne le saiche
Autant peult vivre ung homme qi mandie
Que ceulx qi font tousjours chiere gaudie
Qui lentend bien a ce ne contredie
Aussitost meut le veau comme la vache.
¶Aucunesfois les seigneurs font des cas
Dont le peuple est cource et se veult plaindre
Mais motif est des noises et debatz
Car a pecher prent plaisir et esbatz
Par quoy dieu veult que guerres et combatz
On mette sus pour son vice reffraindre
Poignez villain prest sera de vous oingdre
Mais oingnez lay il vous poindra sil peult
Si est requis de sa challeur estaindre
[177]
Tout par raison le tailler et contraindre
Non trop au vif le piquer et ataindre
On na tousjours argent quant on en veult.
¶A la ballance il fault ses faictz peser
Le chemin plain suyvir et droicte voye
Ire et challeur oster et despriser
A ce quon fait regarder, adviser
Ne parler trop quant vient a deviser
Chose on ne fait quon ne congnoisse ou voye
Saige seigneur qui a son cas pourvoye
Est a priser sil veult rememorer
Que cest de luy, et quant il se forvoye
Lesprit en est debile et se desvoye
Puis la mort vient qui le cite et convoye
Prince prudent on le doit honnorer.
¶Exemple
[178]
[illustration]
UNg roy eut en fantasie se enquerir qui estoit le plus saige homme de son empire esperant se gouverner selon sa doctrine et introduction. On luy admena ung clerc docte, entendu et bien morigine auquel lempereur dist que ce fust son plaisir luy donner aucune bonne doctrine tant pour soy gouverner que monstrer exemple a ses princes, seigneurs, gentilz hommes, escuiers et subgectz. Le docteur ou clerc voyant le bon vouloir de lempereur et le desir daprendre quil avoit luy enseigna sept choses assez ambigues a en
[179]
tendre, touteffois lexposicion on pourra veoir au sens moral apres la narracion de ceste histoire. Le premier enseignement est Ne passe point la balance. Le second, ne fouille point au feu avecques ung glaive. Le troisiesme est, ne prens point de couronne. Le quatriesme, ne mangeuz jamais du cueur dung oiseau. La cinquiesme, quaant tu seras party ne retournes point. La sixiesme, ne chemine point par voyes et chemins publiques. Et la septiesme, ne seuffre point une arondelle gazouiller en ta maison. Lempereur tout fantasie a cause quil ne povoit entendre facillement la doctrine de so ndocteur luy pria de luy exposer la doctrine qui vouloit quil gardast en son cueur luy promettant que apres ce quil auroit congneu le cas pourveu que la chose luy fust prouffitable la garder a son pouvir. Ainsi le prudent et vertueux docteur en fit lexposition qui sensuyt.
¶Exposition a lhistoire precedente.
¶Lacteur.
LE scientifique docteur dist a lempereur telz motz. Nous povons prendre et figurer par la verge de la ballance la vie humaine. Lung des bacins pour toy qui es renomme le plus grant prince du monde et lautre bacin pour le plus povre homme qui soit sur la terre, or te fault il entendre quant tu arrives au monde cest a dire quant tu es ne tu ne apportes sur terre nomplus que le plus povre et mesmement autant en est il au departir, car tout ainsi que tu es sorty
[180]
du ventre de ta mere sans riens apporter tout ainsi retourneras en terre sans riens reporter des biens mondains. Si est requis ne passer point la ballance, cest a dire ne desire que ce qui te est necessaire pour la vie, & fais ainsi que le vaultour qui de sa propre nature quant il a prins sa proye il essaye sil pourra voller avecques ycelle en lemportant et sil voit que a ce faire ne soit suffisant il en laisse une partie & emporte ce quil peult seullement, par quoy peult voller au lieu ou il desire, mais il y en a qui sont contraires aux vaultours, car ilz estudient jour et nuyt a trouver invencions pour ravir les biens dautruy te donnant plusieurs cas a entendre & si tu les escoutes et fais a leur plaisir ilz te chargeront de si pesante proye et eulx mesmes aussi que impossible sera tant a toy que a eulx voller en hault cest le royaulme de paradis. Et est grant follie a gens de eulx charger de plus pesant faix que ilz ne pevent ne doivent porter. Soit doncques divisee ta proye, cest a dire tes richesses & en retiens seullement par honneur pour ta necessite donnant le demourant a gens clercs et entendus, mesmes a ceulx qui te ont servy et secouru au besoing et non pas a flateurs et gens qui ne pensent que a orgueil et voluptez mondaines ; La seconde doctrine est, ne fouilles au feu dung glaive qui se peult entendre Ne provocque a fureur par rudes parolles ceulx qui sont courroucez & marris Car ains ique le feu qui est sans air quant les tisons sont sur la cendre et ne rendent pas grant challeur, mais en prenant ung glaive & fouillant dedans en luy donnant air icontinent il senflamme Pareillement lhomme yre & courrouce
[181]
a qui les langues baveresses sont preste a mal dire quant veullent injurier peuvent estre dictes le glaive qui enflamme le feu. Lhomme yreux est ainsi que la chaulx qui a en soy une challeur latitee et jamais ne seroit demonstree qui ne gecteroit de leue dessus, mais incontinent que on y en a gecte elle rend ses challeurs et fumees. Tout ainsi lhomme preux ne descoeuvre son yre qui ne le pique ou argue, mais incontinent que on le redargue et reprend luy disant aucune parolle qui luy trouve a desplaisir soit pour bien ou mal de luy faillent grosses noyses et discords dou viennent plusieurs maulx & pour la cause je te advertis que ne fouilles point au feu dung glaice. La tierce chose est. Ne prens point la couronne Qui se peult entendre ne reprens point les loix des cytoiens. Or la cite en quoy nous sommes pour le present nous figurons pour leglise & les loix pour les doctines dicelle eglise lesquelles nul ne doit reprendre ne corriger, mais les ouyr homblement & icelles ensuyvre Si est requis escouter les parolles de leglise, garder ses loix et commandemens retenir si nous voullons avoir part au ciel La quetriesme doctrine est. Ne mengeuz point de cueur doyseau qui se peult entendre ne murmures contre dieu & ne prens tristesse en ton cueur pour quelque adversite quil te puisse advenir, car lhomme saige ne se esjouyt de grande richesse et aussi ne sesbahyt se grande povrete luy advient, par quoy fault tousjours avoir en son cueur fresche et recente memoire de la puissance de dieu et sesjouyr en so nadvertsite comme faisoient les apostres & martirs quant les tirans les menoient au lieu de tourment. La
[182]
cinquiesme doctrine est quant tu sera party ne retourne point qui se peult entendre. Quant tu seras party de peche ny retourne plus, mais plusieurs font ainsi comme la couleuvre qui quant elle se veult coupler et joindre a la lamproye succe son venin trouvant moyen de le vosmir en quelque lieu, puis incontinent se joinct a la lamproye, et son vouloir acomply retourne au lieu ou a laisse sondit venin et le reprent Tout ainsi plusieurs veulent estre conjoinctz a dieu vomissant le venin devant lautel qui peult estre entendu se confessent de leurs pechez, mais incontinent y retournent et sont plus prestz a mal faire que devant La sixiesme doctrine est ne chemines point par les voyes et chemins publicques. Par la voye publicque povons fantasier la voye de peche qui est si large que par icelle plusieurs vont a perdition. La septiesme est ne seuffre point une arondelle gazouiller sur ta maison qui se peult entendre Ne peche point en ton cueur contre lequel murmure ta conscience, mais desire avoir et gaigner la vie eternelle.
¶De consideration envyeuse.
LEs inventeurs qui songent nouveaulx cas
Aucuneffois ilz ne se doubtent pas
Du grant fanger ou ilz se vont sumettre
Si est requis besongner par compas
Et si se fait mal jouer a son maistre
Fortune veult aucuneffois desmettre
Celluy qui fait une œuvre meritoire
Et si ne peult a tous estre notoire
Car le plaisir de son seigneur lefface
[183]
Ainsi so nart nest mis en repertoire
Tel fait du bien et si son mal pourchasse
¶Il est des gens qui sont par trop subtilz
Et a monstrer leur esprit trop hastifz
Dont sont pugnis en temps et en saison
Necessaire est quil soit des iventifz
Et que diceulx on notte le blason
Mais les pugnir sans doit et sans raison
Il mest advis quil nest requis ce faire
Veu quilz ont fait pour auxseigneurs complaire
Moralitez cuidans estre en valeur
Chose bien faicte a plusieurs peult desplaire
Fortune donne ou bon heur ou mal heur.
¶Par trop parler les ungs sont mal venus
On en congnoist de bien entretenus
Pour caqueter et ne dyent riens qui vaille
Les vertueux des folz sont incongneuz
Les ignorans aux saiges ont bataille
Tel a le grain qui ne deust avoir paille
Les biens mondains sont ainsi departis
Il y en a quon despeche gratis
Par blazonner, flater ou beau parler
Autres sont grans que lon fait bien petis
Selon le temps fault le voille caller
¶Et toutesfois puis quil ny a si fin
Ne si subtil qui ne faille en la fin
[184]
Passer le pas de la mort tant terrible
Il est requis justement vivre affin
Destre saulvez cela nous est posible
Aucuns sont prestzde corriger la bible
Pource quilz sont ung peu audacieux
Ce nonobstant quilz soyent fort vicieux
Et ayent lesprit inepte et fantastique
On na voulour gaigner les biens des cieulx
Au temps present tout pense a la praticque.
[illustration]
[185]
¶Exemple.
VNg noble et trespuissant chevalier se gouverna si bien a la court de limperateur que apres la mort dicelluy ledit chevalier fut esleu a limperialite. Incontinent quil eu accepte le gouvernement de lempire il se monstra vertueux en bataille ; Mais peu de temps apres mist ses vertueux faictz en nonchalloir et chassa temperance hors davecques luy. Adint que ung quidem mist en sa fantasie aller par devers ledit imperateur qui apres son salut se vanta en sa presence forger ung voirre de excellent beaulte Ce que lepereur luy permit Et incontinent quil fut forge le presenta audit empereur qui le gecta contre terre le plus rudement quil peut en telle facon quil fut ploye aucunement mais ledit ouvrier le reprint et avecques so nmarteau le dressa comme se il eust forge de lor ou de largent. Ce voyant lempereur demanda a louvrier comme il estoit possible fiare telle chose. Responce luy fut faicte par ledit ouvrier que homme qui fust vivant sur terre ne scavoit ceste science fors luy, parquoy ledit empereur eut fantasie que se telle science venoit en usaige lor et largent seroient peu estimez, si commanda que ledit ouvrier fust decolle, ce qui fut fait.
¶Fantasir sur ceste exemple.
[186]
CEst empereur nous peult figurer aucuns clovestriers ou autres qui devant quilz soyent promeuz a grandes dignitez, offices et richesses sont assez humbles et paciens. Mais apres quilz sont eslevez en dignite ou en honneur font autrement quilz ne doivent et se fondent sur ung proverbe qui dit. Les honneurs muent les condicions ou manieres. Par lhomme qui a offert le voirrepovons ffigurer le povre qui de bon cueur offre au riche quelque present & sil ne luy plaist il le gecte incontinent & ne le veult pas recevoir mais est yreux luy faisant tant de maulx que bien souvent le povre homme pares quil a prins peine a captiver sa benivolence voyant que on nent tient compte ile en seuffre et endure la mort.
¶De congnoistre enfans naturelz et legitimes de avec les advoultres.
¶Lacteur.
AUcuns ya qui nourrisent enfans
Presupposant les avoir engendrez
Leur plaisir est de les veoir triumphans
Comme en lescript cy apres lentendrez
Et puis apres la raison en rendrz
Danger y est beaucoup plus quon ne cude
Bon nest avoir aux mauvais habitude.
¶Daucuns bastardz est requis faire estime
Car on en voit qui sont preux et hardis
[187]
Faisans secours au frere legitime
Tant par leurs faitz comme par nobles ditz
Il y en a de fiers et estourdis
Qui font des maulx ignorans nous nen sommes
Les doys unis ne sont aux mains des hommes.
¶Quant il ya entre freres discord
Se possible est on y doit la paix mectre
Souvent advient que quant le pere est mort
Ny a celluy qui ne vueille estre maistre
Si est requis aux saiges se submectre
Affin de oster tout reproche et exces
Amour ne regne ou il ya proces
¶Faire du bien tandis quion est en vie
Cest le meilleur, car apres mort actendre
Les heritiers ont de happer envie
Et nont couraige a prier dieu pretendre
A leur proffit sans cesser veulent tendre
Par cemoyen seslievent maintz discordz
Au temps present on fait dieux de tresors.
¶Tant plus mondains sont caducz, anciens
Plus on les voit fondez en avarice
Sont ilz pas folz destre practiciens
Quant mot les presse et quilz en ont notice
Se actendent ilz avoir pardon du vice
Quilz ont commis, par prieres futures
Maint danger vient actendant adventures.
[188]
¶On a fonde messes ung million
Qui en ung jour se doivent toutes dire
Mais on les passe a ung fidelium
Chascun le scait nul ny peult contredire
De gens deglise on ne doit point mesdire
Mais il en est qui sont marchans de messes
Dieu est parfait il congnoist noz finesses.
¶Aucuns enfans lysent joyeulx rommantz
Livres exquis ont dedans leurs reperes
Ou pevent trouver les textes et commentz
Que estudier doivent sans vituperes
Sil leur advient lyre la vie des peres
Ce leur desplaist le livre est ennuyeux
Tel souvent change a qui nene est de mieulx.
¶Apres la mort on congnoist dequoy sert
Celluy qui est mis soubz la tombe ou lame
Durant son temps tel estoit franc qui sert
Honneur avoit et apres il a blasme
Car il despend a jeux ou sort infame
Le revenu que son pere a acquis
Hanter les bons fait les hommes exquis.
¶Exemple.
[189]
[illustration]
IL fut ung roy tresnoble de lignage & de condition qui eut a femme et espouse une noble dame Ce neantmoins elle neut pas tousjours souvenance de la promesse de mariage faicte a son mary, car elle conceut trois enfans masles non de la semence dicelluy, lesquelz enfans la dame fit reffus les nourrir de sa mammelle, mais les envoya nourrir aux champs Touteffois congnoissant son peche se voulut abstenir de son vouloir libidineux Et peu de temps apres conceut de la femme de son mary ung beau filz
[190]
quelle nourrit et allaicta de ses propres mammelles. Aucun temps apres le roy alla de vie a trespas et fut son corps ensevely et mys honnorablement en sepulture. Incontinent les quatre enfans eurent de bat pour la succession de leur pere en telle facon quilz estoient prestz tuer lung lautre. Touteffois il y avoit ung noble chevalier qui durant le regne du roy leyr pere avoit eu gouvernement du royaulme auquel ilz baillerent charge juger de ce different. Lequel chevalier considerant plusieurs choses leur dist quil ne scauroit bien discerner de leurs cas se ilz ne faisoient tyrer leur pere du cercueil ou il estoit. Ilz se accorderent tous quil en fust tyre, et par le consentement diceulx fut mys debout contre ung arbre et lye pour le garder de tomber a terre. Ce fait dist aux enfans quil estoit requis que chascun deulx fust fourny dung arc et aussi dung traict. Ce quilz firent. Lors le cvheavlier leur dist Vous tirerez tous quatre contre vostre pere et celluy qui le percera le plus profondement il obtiendra le royaulme et en sera dominateur. Le conseil du chevalier leur fut aggreable, prindrent leurs arcz et les benderent, poserent leurs traictz en coche prestz de tyrer contre leur pere mort en la presence de plusieurs. Le premier ne tira contre le roy quil cuydoit son pere et luy persa de son traict la main dextre tout oultre. Et pour ceste cause il fut proclame quasi comme vray heritier du royaulme ; Le second assena le rou par la bouche Et pour ceste cause il se disoit estre plus certain et vray heritier que son frere premier ne Le tiers essena le roy par le cueur qui pour tel coup se disoit estre vray heritier ; Le quatriesme quant il approu
[191]
cha pres de son pere gectra son arc et so ntraict contre terre et se print a plorer en disant ;
O Cuers pervers oultraigeux et espitz
Remplis derreurs peu cosntants en couraige
Plus venimeux que serpens ou aspicz
Mal regardez a vostre lasche ouvrage
Quant ung tel prince et noble personnage
Apres sa mort navrez par cruaulte
Tout enfant doit a pere loyaulte
¶O desloyaulx regardez le forfait
Que avez commis et le grant vitupere
Nostre pere est pale, mort et deffait
Chascun de nous soubz son bon nruit prospere
Tous voz espritz avarice supere
Que avez vous fait le voullant martirer
Dung ort chemin il se fault retirer
¶Retirez vous faictes dicy depart
pRenez ses biens je les vous quicteray
De ses tresors ne vuei lavoir ma part
Par ce moyen ja je nen jouyray
Mais a jamais je vous reprocheray
Vostre avarice et merveilleux deffault
Au temps present le sens naturel fault.
¶Nobles seigneurs, barons, juges prudens
Jaymeroye mieulx perdre tout lheritage
[192]
Que devant vous qui estes presidenx
Ne en autre lieu je feisse tel oultraige
Pere et amy qui tant fus preux et saige
Treshumblement par raison et droicture
De mon habit couvriray ta nature.
¶Freres, amys regardez en pitie
Nostre bon pere en terible estat mis
La il a eu vers nous tant damytie
Que a nostre vueil plusieurs fois sest submis
Or sommes nous ses pervers ennemys
Quant de noz traictz pesons sa chair tant tendre
De ce quon fait fault en fin compte rendre.
¶Lacteur.
TElles parolles dictes & proferees par la bouche du jeune enfant ayant regard a ses pleurs et lamentacions les princes du royaulme ensemble tout ledit populaire esleurent le jeune enfant comme vray, juste et loyal heritier du royaulme et fut couronne de couronne royalle et mis en la place de son pere. Au regard des trois autres enfans non legitimes ilz furent privez de toutes dignitez et chassez hors du royaulme.
¶Fantasie sur lhystoire
PAr le roy saige, noble et riche povons figurer le roy des roys et seigneur des seigneurs lequel a acompaigne et prins a espouse nature humaine qui du depuis a acomply fornication avec les dieux estranges, et non ayant souvenance de
[193]
son espoux a eu comme adultere trois enfans qui se pevent entendre les payens, juifz et les heretiques. A ce que le premier a navre la la main du roy se peult entendre que les payens ont refuse la doctrine de Jesuchrist quil leur envoyoit prescher par ses apostres et disciples, mais ilz estoient martirez par yceulx de plusieurs playes mortelles Par le second filz qui la frappe de son traict par la langue et dedans la bouche povons entendre que les juifz navrerent jesuchrist quant on luy bailla a boire fiel et vin aigre Par le troisiesme filz qui a este si mauvais et pervers que quant il a veu son pere ainsi mal traicte et palye de plusieurs playes au plaisir de ses freres na point laisse a le frapper par le corps et lassener au cueur se peult signifier les heretiques qui apres la mort de jesus ont navre et martire les fideles Chrestiens lesquelz chrestiens ont ung cueur, ung corps et une ame. Et de ce dit le plasmiste Ilz ont aguise leurs langues commes serpens & aussi ilz on appareillees flesches en leurs trousses. Par le quatriesme filz qui na point voulu tirer contre le corps de so npere apres ce que les autres le ont navre de leurs traictz se peult entendre le bon chrestien qui a la crainte de dieu ne le voulant offencer, mais est cource du peche des autres. Et si daventure la offence il est prest et delibere satisafire et en faire penitence a son povoir. Si devons scavoir que celluy qui ainsi fera sera exalte le jour du jugement au royaulme de paradis.
¶De ingratitude et de la pugnition de ceulx qui sont ingratz.
[194]
AUcuns mondains sont plains de ingratitude
Et si aucun leur fait quelque plaisir
A le grever ilz mectent leur estude
Quant riches sont laissent son habitude
Autre party desirent de choisir
De le grever ont singulier desir
Quasi tous prestz le tuer et deffaire
Qui plaisir fait on luy doit plaisir faire
¶Se despouiller pour autruy revestir
Cest bon vouloir et œuvre charitable
Aucunesfois on sen peult repentir
Quant lhomme ingrat ne se veult consentir
Congnoistre ceulx qui font œuvre louable
Leur desir est de le veoir miserable
Et toutesfois il leur a fait ce bien
Qui donne tout ne luy demeure rien
¶Donner le sien et puis en demander
Le franc se veult oster de sa franchise
Faire fault ce quon souloit commander
Courir, troter ou on souloit mander
Estre reprins dont on faisoit reprise
Disciple a qui on a lecon aprise
Il fait grant mal destre reprins par luy
Qui na de quoy nest prise aujourduy.
¶Quant a flateurs on veult adjouster foy
Il mest advis que cest grande simplesse
[195]
De bien servir ilz font devoir, mais quoy
Quant vous serez avec eulx a requoy
Ilz parleront de vostre grant richesse
Puis vous feront faire quelque pormesse
Dont en apres ne vous vouldrez desdire
Croire ne fault tout ce que len oyt dire
¶Ung bon vouloir a qui est advis
Que on luy fera ainsi quil vouldroit faire
Par daucuns folz ses biens luy sont ravis
Il sen desmet pour faire a leurs devis
Affin du tout a leur vueil satffaire
On luy promet ce qui est necessaire
Durant s avie et quil ne fe frea rien
A temps present il fault garder le sien.
¶Apres quon a le sien habandonne
Et quon en veult aucune part reprendre
On pert son temps, car rien nest redonne
Encor on na ce qui est ordonne
Et se on le baille il fault long temps attendre
Cest grant follie ainsi quon peult entendre
Mettre a ses piedz ce quon tient a ses mains
Au temps qui court on voit des trompeurs maintz
¶Aucuns sont bons durant leur povrete
Simples et doulx comme jeunes pucelles
Pensez y bien, car tel a povre este
Durant liver et quant vient en este
[196]
Quil a de quoy est au renc des rebelles
Qui veult bailler a gens plains de cautelles
Tout ce quil a on luy joue du phebe
On congnoist moyne a lors quil est abbe.
¶Exemple.
[illustration]
IL fut ung tres noble et trespuissant prince qui avoit ung seul filz et estoit sa fantasie laymer sur toutes choses presuposant luy vouloir accorder toutes ses requestes sans riens excepter Advint que lenfant vint en aage suffisante si fist request
[197]
a son pere se desmettre de son royaulme & len mettre en pocession durant sa vie luy donnant a entendre que il feroit son plaisir obeissant ases commandemens mieulx que se il nestoit point constitue en telle dignite, luy remonstrant aussi comme il estoit en decrepite de vieillesse & que impossible luy estoit vacquer aux affaires du royaulme Le roy tout fantasie de ceste requeste fut pensif par aucune espace de temps, toutesfois il luy fit responce que il le feroit coulentiers sile estoit certain que son filz le traictast humainement le redisu de sa vie, ce que le filz promit. Et oultre apres ce que son pere luy auroit donne la couronne le ne feroit aucune chose que par son conseil et commandement luy faisant plus dhonneur que a soy mesmes et de ce fit serment devant les princes, seigneurs, juges du pays et tout le peuple. Le roy se confiant a la promesse de son filz luy donna son royaulme sans riens retenir luy prpesentant la couronne quil receut devant tous. Apres quil fut pocesseur du royaulme par aucune espace de temps il eut son pere en grant honneur, mais il sen ennuya et petit a petit selongnoit de son pere et en tenoit peu de compte tant que par succession de temps il le delaissa du tout et estoit honteux quant il le voyoit devant sa magnificence. Ce voyant le bon ancien Roy en fit sa plainte aux princes & seigneurs lesquelz furent deliberez luy remonstrer son ingratitude, et de fait luy en parlerent vertueusement en le reprenant ce qui luy despleut, car il ne vouloit estre reprins de nully, toutesfois il endure la correction ce nonobstant quil en eust dueil en son couraige Et eut fantasie faire enfermer son pere en ung Chasteau ou nul ne
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povoit entrer sans son conge Ce quil fit Et fault noter que le bon ancien roy y endura plusieurs necessitez. Advint ung jour que le jeune roy estoit alle a la chasse & poursuyvit tant le cerf quil se perdit dedans ung boys en telle maniere que homme ne scavoir quil estoit devenu Si fut contraint suy retirer dedans le chasteau ou estoit son pere ou se fit traicter au mieulx quil peut et sans que sondit pere en eust aucune recreation, touteffois il fut adverty que son filz estoit au chasteau parquoy eut en fantasie soy presenter par dvant luy pour ladvertir de sa fortune esperant davoir de luy aucune gracieusete, ce quil fit en disant ; Om mon treschier filz considere le bon vouloir que jay eu vers toy et que me suis despouille de mon royaulme pour te revestir, regarde moy en pitie, pense a la captivite la ou je suis, rememore ma vieillesse et decrepite ayes regard a ma necessite, contemple ma maladie a lquelle peulx donner remede me remectant en sante si cest ton plaisir me donner aucune porcion de ton vin. Le jeune roy fit responce a son pere disant. Je ne scay sil ya du vin ceans. A quoy le bon ancien roy doulcement ladvertit que il y en avoit cinq tonneaulx, mais que le seneschal avoit fait reffus luy en bailler pource quil luy estoit expressement deffendu par luy, toutesfois il luy dist. Je te supplye que pour ta bien venue me faces donner a boire du premier tonneau Car il me semble que par ce moyen je recouvreray ma sante. Le jeune filz se excusa disant. Mon pere je ne ten donneray point, car cest moust qui est contraire a vieilles gens. De telle excuse le pere fut content, mais luy supplya que par son moyen il peust boire
[199]
du second tonneau. Le roy fit responce quil nen feroit riens et quil le vouloit garder pour luy & les jeunes gens qui le suyvoient. Le povre pere luy demanda du tiers tonneau. Le jeune roy en fit reffus disant quil estoit trop fort pour luy & que se il en beuvoit ce luy causeroit une fievre qui le mettroit en danger de mort. Le pere luy fist requeste avoir du quart tonneau, dont pareillement le jeune roy fit reffus disant quil estoit aigre qui estoit contraire a sa complction. Le pere encores pour esprouver sa voulente luy demanda du cinquiesme tonneau. Responce luy fut faicte par son filz quil nen beuvroit point & que se nestoient que lyes et reverseures parquoy se il luy en bailloit a boire et que mort se en ensuyvist les princes, seigneurs & juges du pays le pourroient accuser de crime Ce voyant par lancien roy se retira en son povre logis et eut en fantasie escrire unes lectres ausditz princes, seigneurs et juges du pays contenant la povrete et misere ou il estoit detenu par son filz, et que pour lhonneur de dieu trouvassent moyen de loster hors de ceste calamite. Les princes et seigneurs voyans la pitie du bon ancien roy qui durant so nregne les avoit si bien & vertueusement regis et gouvernez, mesmement lingratitude de son filz tindrent conseil par lequel il fut dit que le pere seroit remis en som premier estat & le filz en chartre pertuelle, ce qui fut fait
¶Fantasie sur ceste hystoire.
ON peult applicquer & prendre cest ancien roy a nostre redempteur jesuchrist, et le filz a ung chascun chrestien. A ce quil aymoit tant son filz on peult entendre que dieu nous a tant aymez quil
[200]
a fait toutes choes mondaines subgectes a nous en nous donnant tous es biens. A ce quil devint povre il se doit entendre que les povres de ce monde sont ses membres, lesquelz povres ont fain, soif, chault et froit & plusieurs autres accidens et inconveniens de maladie Et les riches qui ont les biens de deux ne leur en veulent donnier ne departir. A ce que le roy nous demande a boire du premier tonneau on peult entendre par le tonneau enfance par lquelle jesuchrist doit et veult estre servy. Je suis jeune et ne puis faire bonnes œuvres en mon enfance veiller ne prier dieu. A ce que il demande du deuxiesme tonneau il sentend que dieu veult estre servy du chrestien en sa jeunesse Et a ce quil en fait reffus se peult interpreter que le jeune enfant dit et se excuse a dieu. Je ne puis maintenan applicquer ma jeunesse a ton service pource que le monde se mocqueroit de moy disant. Vela ce jeune homme qui devient bigot et ne daigne converser avec les autres parquoy te vueil obtemperer a leur vouloir beuvant et mangeant avec eulx appetant choses mondaines. A ce quil demande du troisiesme tonneau, et que le filz luy respond cest vin fort se peult entendre. Je suis en ma force et puissance et se je faisoye penitence nature se pourroit debiliter en moy et apetisseroye ma force ce qui rabaisseroit mon honneur, car je vueil suyvre les batailles, saillir, dancer & sercir les dames a leur palaisir. A ce quil demande du quatriesme tonneau et que lenfant luy respond le vin est vieil et aigre se peult entendre que le chrestien se excuse disant. Je suis ja vieil & ne puis jeusner ne veiller pource que ma nature est