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1516-Les fantasies de mere Sote (Pierre Gringore) (51-100)

[51]

Si le faulteur voulloit estre rebelle

Force convient mener avecques elle

Par ainsi nul ne la peult decevoir

¶Las nous voyons des jugemens gecter

Sans que prudence y tienne son hault train

Aux justiciers si souvent tendre la main

Pour biens mondains assembler, acquester

Doivent ilz point lyre de dieu doubter

A vostre advis et son grant jugement

Ilz veullent dire, on nous vient apporter

Sans demander plusieurs biens, seurement

Ne jugent plus les proces autre ment

Ce nonobstant que pour telz cas aient gages

Ceulx qui pour dons commettent tant doultraiges

Seront pugnis irremissiblement.

¶Se aucuns marchans ont des biens amassez

Honnestement en acquerant richesse

Plusieurs larrons leur font larcin, opresse

Affin quilz soyent en honneur surhaulcez

Pour amasser des biens se sont lassez

Et ilz leur sont ravis, ostez, tollus

Pis que en forestz, pillez et destroussez

Par gens pervers a tout mal resolus

Telz rapineurs mal regise dissolus

Seront pugnis en souffrant mort cruelle

Nen doubtez point plus criminelle et felle

Que ne fut onc linhumain tantallus.

[52]

¶Si gens lectrez reprennent mal faicteurs

Ils sont despitz les repreneurs menassent

Et leurs commis les biens dautruy amassent

Deu estimez sont par eulx leurs recteurs

Compte ne font douyr predicateurs

Sur tous mondains veullent avoir le pris

Conclusion telz pillars et rapteurs

Nendurent point des bons estre repris

A faire mal sont si tresbien apris

Quil ne leur chault dont les biens mondains viennent

Mais que en leurs mains les hapent et les tiennent

En la parfin des dyables sont surprins.

¶De malice qui retourne a begninite et amour.

¶Comme enfans sont ingratz envers leurs peres

En eulx voulantsouvent aventurer

De les navrer, occir, meurtrur, tuer

Mais beau parler oste telz vituperes.

PRinces seigneurs qui des enfans avez

Corrigez les en leur tendre jeunesse

Nattendez pas quilz se soient eslevez

Fiers et pompeur ou vous serez grevez

Par leur meffait durant vostre vieillesse

Avoir enfans cest tresbelle richesse

Silz ont vertu, mais on peult bien entendre

Que des mauvais le pere en a destresse

Quant sont despitz aucun hastivement prendre

[53]

On doit ployer losier quant il est tendre.

¶Le plus souvent par faulte de doctrine

Les enfans sont a leurs peres rebelles

Car ung orgueil en leur cueur senracine

Pour ce quilz nont point eu de discipline

Qui cause en fin maintes erreurs cruelles

Par quoy enfans prennent guerres mortelles

Et sont tous prestz de leurs peres assaillir

Et mettre a mort par subtilles cautelles

Pour leur povoir ou puissance abolir

Mais en la fin bon sens ne peult faillir

¶Aucuns enfans font a leur pere oultrage

En les guectant pour les livrer a mort

Affin davoir leurs biens et heritaige

Bien tard leur est quilz soient mors ou hors daage

De leur meffait ilz nont aucun remort

Lenfant se voit hardy, puissant et fort

Au mesme lieu de son pere veult estre

A tout le moins ilz en font leur effort

Comme pourrez en ce livre congnoistre

Maintz serviteurs sont envie sur leur maistre.

¶Exemple de malice qui retourne a benignite.

[54]

[illustration]

IL fut ung prince prudent et saige qui fut conjoinct par mariage a la fille dung roy lesquelz se aymerent dune amour loyalle, naturelle et maritalle observas et gardans la loy. De eulx procda ung tresbeau filz de la nativité duquel furent resjoys, & aussi fut tout le peuple du pays Lenfant devint grant, et quant il eut environ laage de .xxiiii. ans il luy print ung appetit et plaisir desordonne de vouloir tuer son pere, et pour ce faire sefforca plusieurs fois tant en lieu secret que publicque Ce voyant son pere fut fort

[55]

esmerveille Comme saige & prudent fist semblant de nen congnoistre rien, touteffois il se tenoit tousjours sur ses gardes Advint ung jour quil devisoit avec sa femme pensant a la rigueur que son filz luy vouloit faire luy dist telles parolles.

Mon reconfort, ma chiere amye, ma femme

Mon bien, mon port, mon espoir, mon soulas

Cest toy qui peult remectre en paix mon ame

Gardant mon cueur de deshonneur infame

Qui tresfoible est, dolent, triste, mat, las

Incessamment je dois crier helas

Ainsi que suis ne prens repos ne somme

Si mon espoir on demande, tu las

Grant charge porte et trespesante somme

La femme doit estre confort de lhomme.

¶Jay grant desir scavoir la verite

Et ne le puis congnoistre que par toy

Ne me mentz point tu feras charite

Se quelque bien jay fait ou merite

Vers ton doulx cueur quil ait pitie de moy

Prince puissant et magnanime roy

Reclame suis nul ny doit contredire

Entre nous deux promise avons la foy

Si te supplye ung cas au vray me dire

Femme ne doit son mary escondire.

¶Nayes point de peur licence je te donne

[56]

De dire tout parle a moy priveement

Car si tu as failly je te pardonne

Celer le vueil sans le dire a personne

Je te promectz dessus mon damnement

Declaire tost et me dys franchement

Si ton seul filz as conceu de mon germe

Se estoye ceertain quil en fust autrement

Il y fauldroit pourveoir et en brief terme

a priser est qui verite afferme.

¶Je ne te viens ce demander sans cause

Car ton filz veult me occire tous les jours

Ne me mentz point dy moy a peu de pause

Le vray du cas sans faire longue clause

Par ce moyen tu me feras secours

Je dois avoir vers toy mon seul recours

Si tu me mentz tu vas contre raison

Penses y bein et me dis en motz cours

As-tu forfait, ne tiens point long blazon

Si juste nest qui nait mesprison.

¶Lacteur

LA dame saige et bien advisee oyant ainsi parler son mary et seigneur mua couleur Et si elle fut esbahye de la demande quil luy faisoit touchant son honneur Encore fut elle plus esmerveillee et craintive de ce que son filz se mectoit en aguet jour et nuyt pour tuer son mary quelle aymoit sur toutes choses touteffois elle fist telle responce.

[57]

Mon chier seigneur et mary tresame

Selon raison te dois obedience

Sur tous mondains es vertueux clame

Mais nuellement je ne tay diffame

Craindrete vueil a toute dilligence

Brief je nau point chargee ma conscience

Ne foy faulsee je le prens sur la mort

Que nay commis aucune violence

Soyes tout certain que oncques ne te fis tort

Tout peche est infame, vil et ort.

¶Dieu appeler vuei la tesmoing du fait

Que oncques ne fus maculee ne pollue

Sur mon honneur jamais ne fis forfait

Memoire nest que on me ait veue disolue

On ne ma point prinse, ravye, tollue

Et neuz jamais de mal faire courage

Car a te aymer je suis si resolue

Que autre sur moy naura quelque advantage

Tous maulx viennent de rompre mariage.

¶Cest ton vray filz naturel nen fais doubte

Je ne scay pas pourquoy ta mort pourchasse

Tresvoulentiers mectray puissance toute

A len garder quelque chose quil couste

Penser ne puis pourquoy il te menasse

Avoir nen vueil de toy la malle grace

Mon chier seigneur cartes je te promectz

Que ne tay fait injure ne fallace

[58]

Et nay espoir de ten faire jamais

Tel bien souvent lachete et nen peult mes.

¶Lacteur.

LImperateur fut content des excusations de sa femme, car aussi elle estoit loyalle et ne luy avoit fait aucun tort, si delibera de soy humilier envers son filz et se vint presenter devant luy avecques une amour paternelle et benigne parlant en ceste maniere.

O Mon chier filz et amy tresparfait

Que ay tant ayme affectueusement

Tu dois penser que tu es forme, fait

De ma substance et par moy en effect

Tu peulx regner ne le croys autrement

Mon amour a si tresparfaictement

Que je te vueil garder de vitupere

Mon royaulme est a toy totallement

Apres ma mort que orgueil ne te supere

Fils est pervers qui veult tuer son pere.

¶Je tay conduyt en plaisirs et delices

Et tous les biens sont a toy, si te prie

Que chasses hors iniquitez, malices

De ton fier cueur, trop commectrois de vices

Mectant a mort ma noble seigneurie

Devers toy viens, humblement te supplie

Que prennes garde au mal que veulx commectre

Ton pere suis et vers toy me humilie

[59]

Ce ne devroyes endurer ne permettre

Lenfant ne doit de son pere estre maistre.

¶Mais que peulx tu a ma mort proffiter

Tu fais ainsi comme si mort estoye

Se me obeys honneur peulx conquester

Et bon renom, de ce ne fault doubter

Que a ton regard prens singuliere joye

Appetes tu que de biens te pourvoye

Je ne scay pas, tu as ce quil te fault

Si te requiers ue en maison, champs ne voye

Je naye de toy plus guerre ny assault

Cest grant erreur quant sang naturel fault.

¶Lacteur.

LE filz de lempereur par maniere dacquit escouta les romnstrances de son pere, mais il ne laissa point a continuer son malice jour et nuyt, ce que congneut de rechief son pere, si se pensa de trouver facon et maniere de loster de ceste erreur en luy priant quil luy fist compaignie pour aller a ung boys chasser quelque beste, deffendant a tous es subgectz mesmes aux serviteurs de son filz que quant ilz les verroient approcher de quelque fort ou gros buisson quilz se absentassent de eulx Ce qui fut fait. Quant ilz furent au buysson seulletz le pere regarda son filz de piteux regard, et incontinent tira ung glaive qui presenta a son filz puis se mit a genoulx la teste nue en disant.

[60]

PUis que tu veulx a ma mort pourchasser

Presuposant quel te soit necessaire

Ce glaive prens dautre nen fault chercher

Facillement le cueur men peulx perser

Soyes tout certain que nyray au contraire

Car plus dhonneur auras de me deffaire

En lieu secret que devant tout le monde

De moy tu peulx tout a ton plaisir faire

A toy me rendz, regarde ma faconde

Bon est le cueur ou charite habonde.

¶Je suis tout prest dendurer ton plaisir

Me humectant a ta misericorde

Et si tu veulx acomplir ton desir

Il ne te fault que ce glaive saisir

Pour me tuer point ny mectz de discorde

Fais ton vouloir mon filz je my accorde

Mectre ny vueil aucune resistance

Mais mon chier filz je te supplie recorde

Dedans ton cueur que cest de faire offense

Celluy est fol qui fait tout ce quil pense.

¶Approche suis dune amour cordialle

De ce desert pour garder ton honneur

Ce te seroit villenie et scandalle

De me tuer en ma salle royalle

Publicquement veu que suis ton seigneur

Penser y doys, tu me voys dhumble cueur

Devant tes yeulx prest de mort recevoir

[61]

Secrettement peulx faire ton erreur

Sans que homme nul sen puisse apercevoir

Mais dieu face tout tu dois cela scavoir.

¶Lacteur

QUant le filz vit so npere a genoulx et se humilier si humainement devant luy et mesmes quil luy presenta le glaive fut tout honteux & changea son appetit desordonne en filiale amour ostant toute fureur de soy, prenant le glaive, le remist en son fourreau, se inclina envers son pere le relevant humblement, puis se prosterna a genoulx devant luy en disant.

HElas helas mon bon seigneur et pere

Forfait me suis contre toy, jay commis

peche cruel, jeusse fait vitupere

Te mectre a mort pour mon grant impropere

Amerement de cueur plore et gemis

Te supliant quil soit par toy permis

Me pardonner, payer ne puis lamende

Ne le forfait que ay fait quant me suis mis

A te offenser, ta grace je demande

Plus que le mal misericorde est grande.

¶Je congnois bien que je ne suis pas digne

Destre dit filz pour mes cruelz meffaitz

Mais chasse hors ou gecte en ruyne

Et touteffois a ta bonte benigne

Je me submetz, charge dung pesant faix

A mes desirs qui sont si tresinfectz

[62]

Garde ne prens mon trescher pere helas

Mais mon esprit par ta pytie refais

De pardonner jamais tu ne fuz las

Apres grantdueil peult venir grant soulas

¶Brief sil te plaist doresnavant me aymer

Tout ton plaisir sans faulte acompliray

Je m repens de cueur contrict amer

Sans me vouloir jamais acoustumer

A faire mal plus ny retourneray

Des maintenant ton ayme filz seray

Car en tous lieux tascheray te servir

Selon ton vueil je te ministreray

En appetant ta grace desservir

Saige est qui scait peche de soy ravir.

¶Lacteur

LE pere oyant lhumilite de son filz et saichant son couraige lembrasse dung vouloir paternel et luy donna incontinent tout le mal quil avoit machine alencontre de luy en disant telz motz.

O Mon chier filz tresame et begnin

Ne peche plus soyes moy juste et loyal

Je te congnois mo namy et affin

Si tu me veulx servir juc a la fin

Tu me verras courtois et liberal

Monstre toy donc filz vertueux feal

Si me verras pere tresgracieux

En te vestant de vestement royal

[63]

Tresriche et beau plaisant et precieux

Cueur penitent acquiert place aux sainctz cieulx

¶Lacteur

INcontinent lempereur print son filz par la main puis le mena en son palais royal et le vestit dung vestement precieux et fit ung grant convy ou furent mandez les princes & seigneurs du pays qui y assisterent. Du depuis le filz du prince se gouverna humainement au royaulme jusques a la fin de ses jours.

¶Sens moral a lhistoire dessusdicte

PAr ceste exemple on peult applicquer ce prince et seigneur a nostre saulveur et redempteur jesuchrist, et a lenfant qui veult persecuter son pere le mauvais chrestien. La mere de lenfant on peult prendre pour saincte eglise Car tous chrestiens sont legitimez en elle par le sacrement de baptesme duquel avons prins nostre salut. Et si tost que le chrestien peche et va contre le commandement de jesuchrist son pere il pourchasse et demande sa mort, mais jesuchrist tout bon et misericordieux le meine au desert de ce monde ou il ne sest pas seullement offert a mourir, mais y est mort pour noz pechez et iniquitez. Doncques pour lamour de luy et le salut de nostre ame nous devons resister a peche & le servir loyallement. Le pere baille le glaive a son filz affin quil le tue, dieu nous baille ung glaive cestassavoir liberal arbitre de faire bien ou mal. Et pource si nous sommes saiges nous ferons ainsi que le filz du prince, nous

[64]

cryerons mercy a jesuchrist cest nostre pere createur lequel avons offence et sans doubte il nous recevra a mercy et aura misericorde de nous comme le pere de famille receut benignement son filz qui estoit alle en region longtaine ou il avoit despendu le sien prodigalement avec femmes luxurieuses jeux de hazart en lieux dissouz dont vint en si grande necessite quil se loua a garder les pourceaulx & mangeoit viande pareille a eulx, touteffois considerant que en la maison de son pere y avoit tant de biens & de richesses se retira humblement devers luy luy demandant pardon de son offence, ce que son pere luy accorda benignement & fit tuer ung veau gras pour festoier son filz et ceulx qui le venoient visiter. Ce pere de famille cest dieu qui recoit le pecheur a mercy toutes les fois quil luy demande pardon de ses pechez pourveu quil sen repente, par quoy quant nous sommes vray confes et repentans de noz pechez Jesuchrist plain de grace nous donne misericorde par laquelle poovons obtenir sa gloire eternelle et parvenir au royaulme celestiel.

¶Lacteur.

AU temps present regnent enfans divers

Qui voulentiers pere et mere turoient

Pour faire bien ont les engins ouvers

Dedans leurs cueurs ont folz pensers couvers

Qui les croiroit jamais bien ne feroient

Le patrimoine et revenu auroient

Que peres ont tresprudamment gardez

Pour leur plaisir en brief temps le joueroient

A jeux de fort comme aux cartes, aux dez

Gens trop hastifz sont souvent eschaudez

[65]

¶Jeunes enfans sefforcent de conquerre

En peu de temps honneur, louenge et gloire

Et avoir bruyt triumphant par la terre

Sans eulx monstrer vertueux en la guerre

Tant seullement des dames ont victoire

Car ilz ne font pour œuvre meritoire

Fors que parler de toute vanite

Sans appeter davoir bras laudatoire

Ravissent biens de la communite

Guerre de culz est en ville et cite

¶A telz mignons on baille mondains biens

Ignorans sont comme on les a cquis

Et de trouver de vivre les moyens

Peur leur en chault mais que ayent oyseaulx et chiens

De relater leur beaulx faictz nest requis

Qui auroit bien par tout cherche et quis

On trouveroit sans faulte que richesse

Au tamps present fait les hommes exquis

En leur donnant le renom de noblesse

Il est gentil qui fait la gentillesse.

¶Je ne dy pas que les princes mondains

Ne soient regentz sur le peuple menu

Mais si fault il quilz se monstrent humains

Sans desrober et prendre a toutes mains

Plus quatre fois quilz nont de revenu

Se peuple nest ung petit soustenu

De son seigneur la chose est veritable

[66]

Que en peu de temps de tous sera congneu

Povre chetif langoureux miserable

Cest grant vertu que destre charitable

¶Jeunes seigneurs aymez les vieilles gens

En escoutant de bon cueur leur doctrine

Car de jeunesse ilz sont les vrays regens

Ainsi que vous ont este joyeulx gens

Et de noblesse ont plantee la rcine

Est pas parvers ung enfant qui machine

De mettre a mort son pere naturel

Qui layme tant et damour si benigne

Que pourveu est en son royal hostel

On doit penser que tout homme est mortel

¶De femmes mariees luxurieuses.

¶Lacteur.

QUe dirons nous des femmes daujourduy

Qui aux maris font infinies finesses

Contentes sont de prester leur estuy

On mentend bien ilz rompent leurs promesses

Doivent ilz pas estre appelles traistresses

Vendent leur chair cest grande vilite

Notez quelz sont plus griefves pecheresses

Que ceulx quon voit en plain bordeau sans cesses

Prenant plaisir a leur fragilite

Quant la femme est dautre que son mary

Grosse ou enceincte el commet maint oultraige

[67]

Bien doit avoir le cueur triste et marry

Gecter souspirs et regretz sel est saige

Car si lenfant jouyt de lheritige

De son espoux qui cuide son filz estre

Sainct augustin dit a peu de langaige

Quil est dampne, pense donc au dommaige

Que tu commetz tu le devroies congnoistre

¶Si ton enfant est dampne pour ce cas

Tu dois scavoir que nen auras pas moins

Mais descendras en enfer au plus bas

Par tes desirs charnelz et inhumains

Dy a ton filz, ne prens les biens mondains

De mon espoux et tu te acquiteras

Puis sil les prend et tient entre ses mains

Cest a son damp, plus de ce ne te plains

Totallement dechargee en seras.

¶Femmes voyons qui pour se resjouyr

Et acomplir leur folle voulente

Prennent plaisir de quelque homme jouyr

Pose quil soit trespovre et peu rente

Voire et si sont de grande parente

Le plus souvent, mais je vueil bien quon saiche

Quelz ayment trop vanite, volupte

Et qui en dit la pure verite

Villaines sont et ont le cueur bien lasche.

¶Si vous avez este gastees, pollues

[68]

Repentez vous, criez a dieu mercy

Et ne soyez desormais dissolues

Femme saige est qui se gouverne ainsi

Dieu est tout prest vous pardonner aussi

Il ne vous fault que demander sa grace

Cela vous doit oster hors de soucy

En esperant de le veoir face a face.

¶Exemple comme le temps passe on pugnissoit les femmes qui rompoient leur mariage.

[illustration]

[69]

UNg gouverneur dung pays eut fantasie ordonner que si une femme mariee estoit trouvee en adultere que sans misericorde elle fust gectee du coupeau dune montaigne jusques au val et profond dicelle. Le cas advint que une femme fut trouvee en adultere & amenee devant le gouverneur qui en observant la loy la condamna a telle sentence. Lexecuteur de justice fit son execution ce que la povre pecheresse endura benignement. Or advint que par grace de dieu ou autrement en tresbuschant ne receut point mort. Lexecuteur ce voyant la voulut reprendre et la regecter de rechief du hault de la roche a quoy elle se oposa par quoy fut remenee devant le gouverneur & luy dist Sire je congnois que jay peche et me repens de loffence que jay commise en offencant ta loy, jay paciemment portee la peine en quoy tu mas condampnee, ta sentence a este executee sur moy, mais les ministres et executeurs de ta justice me veullent de rechief precipiter et gecter du hault de la roche qui est contre ta loy, car elle ne dit pas que on doive estre pugnu par deux fois pour ung delict. Je confesse et lay confesse que jestoie adultere, mais jay este miraculeusement saulvee. Si sensuyt bien que ne doys de rechief estre pignie. LE juge oyant sa repsonce et ferme foy la delivra & luy donna sa grace.

¶Sens moral touchant lhystoire devantdicte.

[70]

ON pourroit entendre et fantasier que ce gouverneur pourroit estre prins pour jesus qui a ordonne telle loy que sil ya quelqung qui ait este pollu en so name par peche mortel il doit estre gecte du hault dune montaigne jusques au fons diecelle Cest a dire gecte & expulse du regne celestiel Comme fut adam quant fut gecte hors de paradis terrestre, mais jesuchrist par sa benoiste passion la saulve. Quant lhomme peche dieu permect souvent quil en soit pugny par justice affin quil samende & ne veult pas quil meure incontinent Cest a dire il ne le donne pas, car il est plain de infinye misericorde & se le pecheur se repent il est sauve par le moyen de sa grace qui le garde destre pugny eternellement. Ainsi nous devons endurer les adversitez de ce monde paciemment, priant a dieu quil ait misericorde & mercy de nous.

FEmmes qui ont rompu leurs mariages

Font deshonneur a prens et amys

Ne doubtez point qui ny en ait de saiges

Qui leur plaisir a vertu ayent submys

Celles qui ont cest ort vice commis

Il est requis quilz laissent leur follie

Car silz le font maulgre leurs ennemys

Auront pardon dieu la ainsi permis

Saige est le cueur qui a dieu se humilie.

¶Cest beau tresor que dune saige feme

Qui est plaisante, humble gaye et joyeuse

Le mary est en repos de so name

[71]

Lasche seroit faire une autre amoureuse

Si sa femme est despite ou rigoureuse

Voulant porter trop riche estat mondain

Ilz meneront une vie malheureuse

Par le moyen de sa femme orgueilleise

Leurs biens seront degastez tout soubdain.

¶Femmes ya qui de pecher nont honte

Devant chascun ilz corrumpent la loy

Se on les reprent peu en tiennent de compte

Cueurs ont plus durs que acier, fer ou alloy

Et toutefois quant corrompent leur foy

A leurs marys, silz nen font penitence

Gectees seront avec tout leur arroy

Du hault du roch par jugement de roy

Dedans le val infernal sans doubtance.

¶De pitie et misericorde.

¶Comme lon doit des prisonniers avoir

Compassion, pitie, misericorde

Beaucoup de maulx ont comme on peult scavoir

Et grant besoing que de eulx on se recorde.

CEulx qui ont mis leur semblable en prison

Et na commis envers eulx mesprison

Ilz ont grant tort chascun le peult entendre

Le prisonnier pet son temps et saison

En lieu obscur ne scauroit plaisir prendre

Si dur cueur nest qui ny devienne tendre

[72]

Communement on y est mal traicte

Lamy on voit a la necessite.

¶Il est des gens quon doit selon droicture

Emprisonner, car de propre nature

ilz font des cas enormes, execrables

De eulx amender cest bien grande adventure

Car ilz ne sont de eulx mesmes pitoyables

Telz gens sont ditz bestes irraisonnables

Pensent ilz point que ung jour dieu les pugnisse

Tout homme humain doit redoubter justice.

¶Pour le plaisir des juges aucuns sont

Mys en prison quant dessus eulx hayne ont

Les devallant en quelque fosse basse

A leur plaisir et vouloir ilz en font

Puis quilz lont dit par la force est que on passe

On voit daucuns a qui on donne grace

Par le moyen damys ou de pecune

Aucuneffois dangereuse est la lune.

¶Aucuns parens laissent en grant dangiers

Enfans, prochains, la ou par estrangiers

Sont mis dehors ou sen mectent en peine

Pose quilz soyent marchans ou voyagiers

Hazart les prent qui en prison les meine

Ou sont saisis par quelque cappitaine

Qui les veult mectre a rancon execessive

Mondaine vie est souvent trop active.

[73]

¶Dessus la mer plusieurs marchans sont pris

Par faulx tirans de maint vice repris

Car escumeurs ou pirates de mer

Prennent leur bien qui vault ung tresgrant pris

Tant quon ne scait le vray en estimer

Les parens sont se me semble a blasmer

Qui si long temps les laissent la transmys

Plus de parens est souvent que damys.

Exemple de pitie et misericorde.

[illustration]

[74]

IL fut ung riche marchant qui avoit ung filz prudent, saige et de bon gouvernement Son pere eu voulente et fantasie de lenvoyer sur mer en mrchandise. Le cas advint qu’il fut pris des larrons, pirates ou escumeurs de mer. Le prince et cappitaine diceulx le fist mectre prisonnier dedans son chasteau & le condamna a payer tresgrande rancon devant que parti du lieu Nonobstant que ledit cappitaine fust trespuissant et riche homme. Le prisonnier sachant le nombre de sa rancon envoya lectres a son pere quil luy pleust le delivrer et payer sa rancon Ce qil ne voulut faire, mais en fist refus dont se esbahit grandement et en fut trescourrouce & marry tellement qui luy en print une maladie contagieuse tant quil en devit las et debiliite. Or fault il noter que le prince & cappitaine qui le tenoit en ses prisons avoit une tresbelle fille tant doulce et gracieuse que tout homme qui l regardoit estoit hors de toute tristesse laquelle avoit tousjours este nourrye en la maison de son pere. Elle visitoit souvent le prisonnier en luy donnant mainte consolation Mais il estoit tant triste et dolent en cueur quil ne se povoit resjouyr. Il advint ung jour comme la pucelle visitoit icelluy enfant en le reconfortant de sa parolle au mieulx que possible luy estoit il parla a elle en ceste maniere.

Le doulx regard de ton œil precieux

Sans que aye penser mauvais ne vicieux

me resjouyt dedans ceste prison

Et nay aucun plaisir delicieux

[75]

Fors de te veoir dedans ces obscurs lieux

Ou jay este tenu longue saison

Tu mentedz bien point ne fault long blazon

Par toy je puis avoir ma delivrance

Celluy est fol qui vit sans esperance.

¶Lacteur.

LA fille regarda piteusement et de franc courage entremesle de vraye et honneste amour le povre prisonnier, et ne fut pas si ingrate quelle ne fist responce a sa demande qui fut telle.

Possible nest te mectre hors dicy

Tu est captif de mon pere, cecy

Tu dois noter bien entendz la maniere

Tes parens te ont laisse en ce lieu cy

Bien peu leur chault se fais piteuse chiere

Congnois tu pas que je suis estrangiere

De tes parens, me requiers tu tel chose

Lhomme souvent propse et dieu dispose.

¶Or scais tu bien quant te delivreroye

Que griefvement mon pere offenseroye

Car il perdroit la rancon qu luy dois

Il est certains que plaisir te feroye

Tresvoulentiers ainsi que tu congnois

Et que tu las ja veu par plusieurs fois

En la prison ou es mis en servage

Plaisir nest bon qui redonde a dommage.

[76]

¶Ce nonobstant je te delivreray

De ces prisons et franc ten envoyray

Si tu me veulx une chose promectre

Soyes tout certain que plaisir te feray

En estperant que le vueillez congnoistre

Ne doubte point que ne te vueille mectre

Hors de ces lieux quoy quil doye advenir

Ce quon promect est requis de tenir.

¶Lacteur.

LE prissonnier se resjouyt du parler de la pucelle et luy estoit tard de ouyr la requeste et peticion dicelle parquoy fist telle responce.

FIlle dhonneur plaise toy commander

Tout ton plaisir prest suis de laccorder

Tant soit il grant, dangereux et terrible

Doubte nen fais qe ce vueil conceder

Pourveu quil soit a moy faire possibleCar ma douleur congnois inextinguible

Sans ton moyen, si demande ta grace

Tout prisonnier sa delivrance trasse.

¶Lacteur.

LA fille de rechief regarda en pitie le prisonnier et luy dist liberallement que pour sa delivrance ne luy demandoit autre chose que en temps oportun et convenable il la print en mariage Ce quil promist de ferme pensee, & incontinent la pucelle

[77]

doubtant les reproches et blasme que son pere luy pourroit dire a cause de la delivrance se partit avec son accorde et tant firent par leurs journees quilz arriverent en la maison du pere du prisonnier qui navoit voulu entendre a la delivrance de son filz, lequel monstra semblant quil estoit tresjoyeulx de la delivrance de son filz, aussi de sa venue. Mais il voulut scavoir qui estoit ceste pucelle. Son filz luy racompta comme elle lavoit delivre de la prison et que cestoit la fille du roy a qui il avoit promis mariage Desquelles choses le pere fut tresmal content et luy deffendit sur peine de perdre son heritage quil ne la print a espouse. A quoy son filz luy fist reverente responce en luy disant quil estoit plus tenu a elle que a luy et quant il estoit prisonnier es mains de ses adversaires quelque escripit, supplication ou requeste quil luy eust envoyee il nen tenoit compte et lavoit laisse ainsi que habandonne et mis en nonchalloir, et que la pucelle lavoit delivre non seullement de la prison, mais du peril et danger de mort parquoy estoit delibere luy tenir promesse. Le pere fist responce quil ne se devoit point fier en elle pource quelle avoit trompe & deceu son pere quant sans son sceu elle lavoit delivre, le frustrant de la pecune quil eust receut pour sa rancon, ou autrement lavoit fait pour acomplir plus a son aise le peche de luxure, en luy deffendant de rechief de la prendre par mariage. La pucelle sur ces altercations parla vertueusement et dist. Tu dys que jay deceu mon pere, et je dy qye non, car icelluy est deceu qui est diminue de son bien, mais mon pere est tant riche quil na besoing des biens dautruy, & si mon pere eust prins rancon de ton filz

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il nen eust pas este plus riche et toy et luy feussiez devenuz povres pour se redemption par quoy en ce faisant ne pense avoir forfait. A ce que tu dis que pour mon plaisir charnel jay vacque a sa delivrance je puis respondre au contraire, car appetit charnel vient pour la beaulte, force richesse ou beau langaige de la personne & ton filz navoit dedans la prison beaulte, richeese, force ne beau parler, car pour la detencion de prison il estoit pasle, maisgre, mal vestu et acoustre. Au regard de richesse il nen avoit piunt, quant a lhonneur quelle magnificence povoit il tenir ne me faire quelque plaisir quant il estoit captif. Assez y avoit en la court de mon pere de princes & seigneurs qui ne demandoient que a me faire plaisir et service pour deviser avecques moy et leur sembloit quilz eussent este bien heureux davoir seullement ung doulx regard. Quant de sa force il lavoit perdue par lhumidite de la prison et froidures quil y avoit endurees. Ainsi sensuyt que je lay delivre par pitie et charite et non autrement. Le pere ouyt le parler raisonnable de la pucelle dont fut trescontent et ne voulut plus imposer blasme a son filz ne a elle aussi, par quoy furent espousez honorablement et regnerent en vraye amour maritalle durant leur vie.

¶Exposition et sens moral a ladicte hystoire.

CE filz prins des pirates, larrons ou escumeurs de mer peult estre entendu pour tout le genre humain prins par le peche du premier homme nostre pere adam et mis en la prison & chartre du dyable, cest assavoir en sa puissance. Le pere qui na voulu racheter son efnant nous peult signifier ce monde cy qui

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ne veult ayder a lhomme pour le tirer de prison, cestassavoir des liens du dyables, mais plus tost luy tenir. La fille qui la visite en prison peult signifier la benignite de nostre saulveur & redempteur jesuchrist meu de pitie & descendu des cieulx anous en prenant nostre chair humaine & ne nous demanda que nostre amour pour salaire Le pere de la fille peult estre figure le pere celeste qui na besoing de noz richessez, car sur toutes choses il est riche & bon. Le monde desprise la benignite de jesus et toutesfois le dilz voyant que son pere la laisse en danger, cest a entendre le monde qui abuse les mondains il a congneur quil nest permanable & ny a point de fiance par quoy la habandone & a prins la fille en mariage, cest la benignite de jesucrist qui la delivre de prison infernalle par quoy fault conclure que en ce monde nya fiance fors en dieu.

¶De reformacion de paix et de la vengence de ceulx qui la rompent.

¶Ballade

VEue vons paix par plusieurs fois florir

Et puis apres venir une brouyne

Du maulvais air par sur elle courir

La trebuschant quasi comme en ruyne

Le plus souvent pa rla grace divine

Nous la voyons en france florissante

Carte gectant radiante, luysante

Puis quelcun vient qui casse et rompt les loix

Par ainsi est frustree, desracinee

Si povons nous bien dire touteffois

[80]

Que par vouloir liberal et couroys

Pour aucun temps la paix nous est donnee

¶Au beau vergier de france veult meurir

Flandres aussi par la voulente trine

Laquelle paix devons priser, cherir

Car on ne peult sans travail conquerir

Tel triumphal precieux tresor digne

Cest la vraye fleur qui la terre illumine

De son odeur, a tous fruictz est duysante

Pour substanter les princes suffisante

Et les tenir en sumptueux arroy

Par aucuns jours el a este regnee

Pour en jouyr a nostre vueil et chois

Bref par loyse au jourduy je congnois

Pour aucun temps la paix nous est donnee.

¶Quant au regard faire guerre mourir

Impossible est, tousjours quelqung mutine

On la peult bien laisser a langourir

Sans luy vouloir aider ou secourir

Mais cueur felon se despite et obstine

La nourrissant pose quel ne chemine

En ville ou champs, en lieu secret la plante

Ou prent repos couverte au feu la plante

En esperant que usera de ses droitz

Comme despite en cueur desordonne

Cuidant tenir princes dens ses charroys

Mais par pape, empereur nobles roys

[81]

Pour aucun temps la paix nous est donnee.

¶Prins ce se avez quelque noyse irritante

invocquer fault leglise millitante

Et de justice ouyr la saige voix

Ainsi accord gaignera la journee

Et sera dit en champ, villes et boys

Par gens de court seigneurs, marchans, bourgeoys

Pour aucun temps la paix nous est donnee.

¶Exemple de paix et de ceulx qui la rompent.

[illustration]

[82]

LA fantasie des gens du temps passe estoit que quant il y avoit eu guerre, discord ou aucun debat entre les pape,emperur, roys ou princes et on traictoit quelque paix ou accord ilz montoient sur une haulte montaigne sur laquelle estoit occis un aigneau. Et estoit le sang respandu devant eulx en signe de reformation de paix, et aussi demonstrant que celluy qui lenfraindroit ou yroit a lencontre vengeance seroit prinse de luy et son sang respandu ainsi que le sang de laigneau.

¶Moralite sur ceste exemple.

PAr les grans seigneurs on peult fantasier et entendre dieu le pere et lhomme. Le psalmiste dit de dieu, il nya point de fin ne de terme de sa grandeur Dit aussi de lhomme quil a este cree & fait selon sa semblance Tu as rendu toutes choses subgectes a ses piedz. Entre dieu et lhomme a este telle discorde que tous ceulx qui mouroient pour lors alloient aux enfers. Depuis confirmacion de paix a este faicte entre eulx. Et a este mene ung aigneau innocent sur une montaigne, lequel aigneau nous peult figurer nostre saulveur et redempteur jesuchrist qui fut crucifie sur la montaigne de calvaire ou il respandit son sang En signe que celluy qui yroit contre ceste paix faicte seroit pugny, & aussi que on prendroit de luy grosse vengeance et seroit son sang respandu. Par quoy devons estre asseurez que serons pugnis greiefvement si nous rompons lappoincte

[83]

ment et paction qui est entre dieu et nous, laquelle a este promise au jour que nous receusmes le sainct sacrement de baptesme. Et pource estudions a garder ceste paix et bien nous en prendra.

¶Lacteur.

TAnt on a fait damyables accords

Puis peu de temps par beau parler confit

Puis mue paix en noises et discors

Par envieux qui nont este records

Que noble cueur vouloit que paix on fist

Par trop aymer leur singulier prouffit

Non regardans quilz rompoient les vertus

Contre raison ilz se sont debatus

Car autrement leur estat changeroit

Incontinent que guerre fineroit

De la nourrir font nuyt et jour effors

Courcez seroient quant le monde diroit

Tant on a fait damyables accords.

¶Par trop aymer tresors et biens mondains

Faire bastir chasteaulx, manoirs, fortreses

Abatre pain nuyt et jour a deux mains

Frapper de taille et destoc sur humains

Gens de lieu bas ont eu grandes richesses

Simples clergeaux qui ont apprins finesses

Sont devenus comme petis seigneurs

Et en orgueil tant eslevez leurs cueurs

Quilz ont desir tousjours quon face guerre

Affin davoir tous les biens e la terre

[84]

Ce nonobstnt quilz soient filz de villains

Ne doubtez point que leur couraige ne erre

Par trop aymer tresors et biens mondains

¶Tel na eu cours que deux ans qui est riche

Voire a milliers dont peult cela venir

Quant mon esprit a y penser se fische

Conclure veult pour finalle rebriche

Que au commun fault telles gens soustenir

Car sa substance on luy veult retenir

Tirer son sang et aracher sa laine

Comme a laignel que au sacrifice on meine

Gens affamez happent de tous costez

Ses biens saisiz, raviz, pillez, ostez

Tant qui na plus la valeur dune miche

Par gens telz quelz se le cas bien notez

Tel na eu cours que deux ans qui est riche

¶Celluy qui rompt la paix, lappoinctement

Non desirant que le peuple soit franc

Pugnir le fault si criminellement

Que en lieu publicq on voye notoirement

Leffusion par crueur de son sang

Ou le gecter en riviere ou estang

Paliateur est de roys et de princes

Et destructeur de mondaines provinces

Dont les seigneurs ne sont point advertis

Que des pays plusieurs sont fugitifz

Tous esperdus, mais on congnoist comment

[85]

Par gens qui ont espritz doctes, subtilz

Celluy qui rompt la paix lappoinctement

¶Comme ung homme seul peult saulver une nation par endurer peine voluntaire.

GEns liberaulx font a chascun plaisir

Aucuneffois ny perdent quelque chose

Aussi daucuns se veullent dessaisir

Du bien mondain, mais ung autre en dispose

Le plus souvent tel veult des biens saisir

Et les happer par larcin, mais il nose

Si est requis le bon chemin choisir

On ne fait pas tout ce que lon propose.

¶Aucuns ont mis leurs ames et leurs corps

En grant danger pour a chascun complaire

Et appaiser les noyses et discords

Dont en la fin ilz ont peu de sallaire

Incontinent quilz ont fait les accords

Du plaisir fait plusieurs se veullent taire

Et ne sont plus de ce bien fait records

Bon fait penser au plaisir quon veult faire

¶On en congnoist qui mectent leur estude

A faire enpruntz, mais quon y vueille entendre

Tout leur penser est trouver habitude

Pour demander, mains ont prestes a prendre

Tel fait promesse et mentir point ne cude

[86]

Qui tost apres na que engaiger ne vendre

Son luy demande il rend langaige rude

Dieu est au prest, mais le dyable est au rendre.

¶Exemple.

[illustration]

IL advint une fois que au meillieu de la ville de romme la terre se ouvrit et estoit le trou ou pertuys merveilleusement grant et de si grande profondeur que œil tant fust subtil ne eust sceu veoir le fons, dont les rommains furent fort esbahys & fantasiez, parquoy pour y remedier assemblerent le

[87]

senat avec les consulz, preteurs et dictateurs de la cite et eurent conseil sur ce cas qui fut tel quilz yroient devotement vers les dieux supplyant quil leur pleust reveler la cause de ceste adventure et mesmes le remede de y pourveoir. A quoy les dieux firent responce que jamais louverture ne seroit fermee jusques a ce que quelqung se gectast voluntairement dedans icelle Ce que homme ne vouloit faire parquoy louverture fut longuement dedans la dicte ville Et ce vouant ung noble rommain meu de pitie considera en soy que il feroit ung bien inestimable en la cite se il la delivroit de cest inconvenient, se arma de precieuses armes, print ung cheval hardy, legier & isnel, monta dessus et se gecta tout ainsi arme avec son cheval dedans ceste profonde abisme Et incontinent la terre fu[t re]close ainsi que elle avoit este parvant qui du depuis fait ouverture.

¶Moralite sur ceste exemple.

PAr la cite de romme on peult signifier et figurer ce monde au meillieu duquel est enfer cest le centre de la terre lequel a este ouvert devant la nativite de jesuchrist ou infinus hommes y sont trebischez. Par le senat consulz, preteurs & dictateurs on peult prendre les patriarches, roys et prophetes qu tous les jours demandoient a dieu le pere la cause de ceste ouverture infernalle Qui leur fist responce par leurs bouches mesmes que jusques a ce que une vierge enfanteroit ung filz qui en la fleur de son aage delibereement &

[88]

et voulentairement se gecteroit en ceste ouverture jamais enne ne seroit reclose Ce que nostre saulveur ere redempteur jesuchrist fist, car incontinent apres sa mort et passion monta sur le cheval de charite arme des armes de la croix entra en labisme infernalle, cest enfer, en tira dehors les anciens peres et meres et incontinent fut enfer recls qui ne nous sera jamais ouvert se ne pechons mortellement et desprisons les commandemens de dieu Si est requis nous en garder affin que ne puissons tumber en lieu si obscur, mais monter au ciel ou est clarte nompareille.

¶Lacteur.

PEu de gens sont deliberez mourir

Pour subvenir a la chose publicque

On ne veult plus son prochain secourir

Mais ung chascun pour amasser practique

Plusieurs veullent tracasser et courir

Qui ont parler liberal, authentique

Et touteffois leurs parens voyent perir

Sans leur aider esse pas chose inique.

¶Amytie est cachee en quelque coing

De chercher foy au jourdhuy on sabuse

Quant de union fuye sen est bien loing

Amour venir en ce monde refuse

Largesse a bruyt, mais el a clos le poing

Se on veult avoir liberte et se excuse

Amasser biens sans prendre dautruy soing

Pour le jourdhuy le peuple humain samuse.

[89]

¶Ceulx qui devroient le bien publicq garder

Ont cueur felon et pensee desloyalle

A leur proffit veullent trop regarder

Quant sont munys de puissance royalle

Ilz ont vouloir par sur tous preceder

Silz font u bien nest que par intervalle

Absorbez sont quant vient a deceder

Sans revenir en la fosse infernalle.

¶Comme necessite treuve moyen de vivre.

GEns eshontez qui ne veullent trouver

Aucun moyen de vivre et sont oyseux

Pour bestiaulx on les doit reprouver

Sans frequenter ne hanter avec eulx

Car dieu nayma jamais gens paresseux.

¶Il y en a qui veullent besogner

Pour peu de gaing et sont de bon affaire

Les autres sont tousjours prestz dempongner

Leur petit gaing et ne veullent riens faire

Selon louvrage on doit avoir salaire.

¶On voit coquins, larrons, maraulx, bellistres

Lasches de cueur, rongneux, pelez, tondus

Ainsi rengez que moynes en chapitres

Nudz et dechaulx, gelez et morfondus

Tous paresseux sont en fin confondus.

¶Qui na argent requis est den chercher

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Le fol sattend a lescuelle dautruy

Qui rien nemprunte on na que reprocher

Bon fait avoir argent en son estuy

Bien peu damys on voit pour le jourdhuy.

¶Si nous voyons que ayons necessite

Trouvons facon de gaigner nostre vie

En nous mectant hors de perplexite

Despendre trop ne fault avoir envye

De peu de chose est la chair assouvye.

[illustration]

[91]

¶Exemple.

IL fut ung roy qui eut fantasie de faire ung grant convy ou banquet et de tenir ung certain temps durant court ouverte a ung chascun. Il envoya messagiers & heraulx par tous pays qui le publyerent a son de trompe et autrement. Le banquet fut prest aux jours limitez ou se transporterent gens de plusieurs estatz voluntairement pource que le roy avoit dit et promis que ceulx qui se y trouveroient avroient infinys biens & richesses. Advint que ung aveugle fort et puissant de corps et ung homme boiteux et impotent de tous ses membres excepte des yeulx […] veoit trescler ouyrent la publication du banquet […][vin]drent a regretter leur imparfection qui estoit cause […] ne se presentoient audit convy & que par ce perdoient […] bon repas mesmes une richesse infinye. Laveugle diso[it] au boiteux. Mon amy tu es impotent de tes membres et je ne voy goutte impossible nous est de comparoir a ce noble et solennel banquet. Auquel le boiteux fist responce Mon amy il nest riens impossible aux hommes pourveu quilz se vueillent employer a resister a leur malle fortune ne te soucye sil ne tient atoy nous parviendrons au banquet que le roy a estably, jay advise que tu es robuste, fort et puissant pour cheminer, mesmes pour porter ung pesant fardeau Si est requis que me charge sur tes espaules et je te adresseray la voye par ou il fault aller au banquet royal par ce moyen nous y parviendrons Ce qui fut fait Et par ainsi prindrent leur repas et eurent selon la promesse du roy richesses et biens infinys.

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¶Exposition et sens moral a la predicte hystoire.

LE roy qui a prepare le convy ou banquet solennel se peult entendre nostre redempteur jesuchrist, et le banquet la vie eternelle Car il est dit en la saincte escripture. Ung homme fit ung grant convy ou plusieurs furent appellez, & ceulx qui y assisterent eurent richesses eternelles. Cest aveugle peult signifier les homes riches, fors & puissans en biens mondains qui ne considerent et ne veullent veoir […] cognoistre que les biens quilz ont sont venus par la [grace de] Dieu et par ainsi sont aveuglez par peche et les do[it on] nommer aveugles quant a la vie eternelle et qui plus est ignorans des choses salutaires La comparaison diceulx est la taulpe qui dessoubz terre a plusieurs petis logis ou elle se retire, aussi les riches mondains aveuglez en leurs biens terrestres ont plusieurs logis, cest assavoir chasteaulx, maisons, manoirs et autres lieux quilz ont fait ediffier pour eulx retirer, et mesmement y ont mussez ou cachez leurs tresors qui les ont si bein aveuglez quil leur semble que jamais ne leur fauldront. Quant la taulpe est dehors de la terre et a eslongne le pertuys dont elle sest partie impossible luy est de y retourner. Aussi quant lhomme humain part de ce monde cest assavoir que lame est separee du corps elle ny peult plus retourner et lui est force de laisser et habandonner les maisons, manoirs & autres logis ainsi que a

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la tauple qui ne peult plus retourner a son pertuys. Les riches voient assez cler aux choses temporelles, mais ilz sont aveuglez aux spirituelles. Le boiteux povons comparer a ung homme devot A ce quil cloche on doit scavoir quil ny homme parfait Touteffois il voit assez cler pour aller au banquet eternel, car il enseigne a laveugle Cest a dire aux mondains de y parvenir et les y conduyt pourveu quilz y veullent mectre peine Et pource ceulx qui veullent parvenir au banquet eternel cest la gloire celestielle ilz doivent croire ceul qui leur enseignent le chemin et les porter sur leur dos affin que assemblement ilz y puissent parvenir. Mais il est a entendre que le fardeau que laveugle doit porter a parler morallement […] sont les povres a qui ilz doivent presenter dons & aulm[os]nes pour subvenir a leurs necessitez. Les heraulx qui on[t p]ublie le banquet ou convy on les pourroit applicquer aux devotz docteurs et interpreteurs de la saincte escripture qui sans ceser nous admonnestent par leurs sermons et enseignemens a nous gouverner selon la doctrine de mostre mere saincte eglise Par ce moyen nous devons croire ceulx qui nous monstrent le chemin pour aller au banquet et convy solennel qui est la gloire eternelle cest paradis ou povons facillement parvenir en prenant peine et labeur acomplissant les commandemenz et conseil des docteurs et predicateurs qui nous enseignent le chemin pour y parvenir.

¶Lacteur.

[94]

AU temps present on fait plusieurs banquetz

Ou viennent gens maisgres et desguisez

On se esbat, on dit plusieurs caquets

Souvent y sont mariages brisez

A dur metal fault engins aguisez.

¶Richesses, biens on y peult acquerir

Plaisir de corps et jouyr de sa dame

Par doulcement prier et requerir

Mais cela nuit terriblement a lame

Fuyr fault lieux ou sont reproche et blasme.

¶[AU]cuns banquetz sont honnestes, gaillars

Les gens de bien y prennent plaisir, joye

Sil y survient gens goulliars, paillars

Chasser les fault comme loyseau la proye

Nest que suyvir la seure et droicte voye.

¶Pour parvenir au banquet eternel

Il fault porter povres, aumosnes faire

Sans trop penser a son bien temporel

Prescheurs oiyr qui sont de bon affaire

One ne revient de marche com de faire

¶Gens aveuglez y arrivent souvent

Advis leur est que nul ne les escoute

Mais malle bouche est soufflante son vent

Quant elle meut ne haulce pas le coulte

Banquet donne aucuneffois cher couste

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¶Aucuns y vont par bien et par honneur

Viandes et vins assez on y appreste

Car icelluy qui en est gouverneur

Joyeusement les recoit et les traicte

Mais faulse langue a mal parler est preste.

¶Par envieux qui ont legiere langue

Pour blasonner en convis, nopces, veilles

Les cas dautruy faisant mainte harangue

Sont advenuz des choses nompareilles

A coup de langue il fault escus doreilles

¶Bref se quelqu'un est gay en passant temps

Sans penser mal ne faire quelque offence

Les mesdisans en seront malcontens

Et en diront souvent folle sentence

Assez a fait de mal qui tant en pense

¶De ceulx qui baillent mauvaise exemple.

PLusieurs voyons qui prennent leur plaisir

Et passent temps pecher publicquement

Voulans complaire a leur charnel desir

Sans croire dieu ne son commandement

Et ne leur chault quant ou quoy ne comment

Tousjours sont prestz et prennent le loisir

De nuyt et jour vivre mondainement

Sans crainde mort qui les vient tost saisir

Quant de biens fais ilz les laissent moysir

[96]

Comme usuriers font en coffres escus

Tous pecheurs sont par les pechez vaincus.

¶On encongnoist qui sont pecheurs de fait

Et son contens que le monde le saiche

Advis leur est quilz font ung tesbeau fait

Disant quilz nont lesprit ne le cueur lasche

Si de railleurs ilz en ont quelque ataiche

Compte nen font et monstrent par effect

Quilz nont voulloir que leur erreur se cache

Car peu leur chault de leur faulte ou forfait

[Qua]nt maint en est navre, batu, deffait

Pugnicion a court qui pecheur lye

Le fol trop tard recongnoist sa follie

¶On en congnoist qui veullent corriger

Et remonstrer a gens plus saiges que eulx

Ilz ont parler si prompt et si ligier

Que a ladventure ilz disent motz oyseux

Secretement font cas malicieux

Advis leur est pour autruy laidenger

Quilz sont purgez de leurs faictz vicieux

Par beau parler veullent gens oultraiger

Entre deux eaues appetent de nager

Mais bien souvent a la fange demeurent

Souvent mocqueurs plus tost que mocquez meurent.

¶Exemple.

[97]

[illustration]

IL fut ung prestre lubrique qui estoit cure dune bonne et riche parroisse & y avoit plusieurs notables parroissiens, entre lesquelz y en avoit ung qui faisoit difference de ouyr sa messe et luy sembloit quil estoit indigne la celebrer et que son service desplaisoit a dieu, par quoy incontinent quil se preparoit pour celebrer ledit parroissien tout fantasie se transportoit hors de leglise. Advint ung jour quil sestoit departy pour telle cause soy pourmenant en ung pre ou fluoit et decouroit ung petit ruysseau deaue clere et puri

[98]

fiee ledit parroissien qui avoit une ardeur de foyz & estoit eschauffe pour rassasier sa soif print de leaue du ruisseau et en beut par plusieurs fois Ca nonobstant il ne estanchoit point sa soif se delibera daller contremont le ruisseau jusques a ce quil eust trouve la fontaine dont sortoit et procedoit ceste eaue. En cheminant rencontra ung homme vieil et ancien qui luy demanda ou il alloit, car il ne tenoit point de chemin. Il luy fut responce quil cherchoit le lieu dont le ruisseau procedoit. Le vieillart se offrit de luy mener, mais en cheminant linterrogua pour quoy il sestoit absente de leglise a une si bonne journee sans ouyr messe veu ce que le prestre estoit prest de celebrer. Le parroissien luy fit responce quil sen estoit party ource que le prestre estoit lubrique et menoit vie deshonneste & que par ce il differoit ouyr sa messe. En devisant de telles choses arriverent au lieu ou estoit la source dudit ruisseau, le vieillart dist au parroissien. Vela la source dont procede ceste eaue que tu as trouvee si bonne, si doulce et savoureuse. Le parroissien sapprocha pres et vit que tout le ruisseai passoit par la gueulle dun chien mort puant et infect dont il eut crainte doubtant que leaue que il avoit beue fust cause luy engendre une maladie qui luy tournast a grant prejudice et mesmement quil avoit si grande soif que force luy estoit en boire de rechief ou de mourir en la place, ce que congneut ledit ancien homme et luy dist. Mon amy ne tesbahis de ce que tu vois tu ne dois point avoir de paour que leaue de ce ruisseau que tu as beue te face aucun mal et si peulx estancher ta soif et en boire a ton plaisir, car je te asseure que nen auras aucun maulvais inconvenient,

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mais en seras rassasie. Le parroissien se confiant aux parolles de lancien homme et aussi que force luy estoit de boire ou mourir subitement beut de ceste eaue quil trouva si doulce et si bonne que par son rapport il ne gousta jamais si doulx bruvage. Adonc le vieillart luy fist response en disant. Mon amy tou ainsi que ceste fontaine et clere eaue decourt par la gueulle dung chien puant et infect sans que ladicte eaue en soit corrompue Tout ainsi la messe celebree par la bouche du prestre lubricque et pecheur te peult prouffiter et nen vault pas pis quant a toy. Par quoy ne dois differe de ouyr la messe dung prestre pecheur non plus que de boire de leaue qui passe par la gueulle de ce chien mort et infect. Incontienent ledit ancien homme se departit du parroissien qui racompta a plusieurs sa vision. Ainsi ne firent plus de difference de ouyr la messe de leur cure ne de ouyr par sa bouche les commandemens de leglise.

¶Exposicion et sens moral.

NOus povons fantasier que tout ainsi que ung cure doit vacquer et veiller sur les ames de ses parroissiens & les preserver de peche Aussi tout bon chrestien doit mettre peine & labeur a garder soigneusement les vertus qui la receues par le sacrement de baptesme. Or est ains ique ce prestre lubrique qui monstre mauvais exemple a ses paroissiens peult estre figure au pervers chrestien, car par parolle & effect tire et fait commettre a plusieurs qui le hantent et ferequentent pechez et cas enormes qui est cause de descendre au

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lieu infernal. Mais pour eviter ce danger il fault faire ainsi que le parroissien qui a tant chemine quil a trouve le vieillart par lenseignement duquel a congneu la source du ruisseau. Le vieillart povons prendre pour jesuchrist que nous devons chercher en cem onde que pourrons trouver par les ouevres de misericorde, mais si fault il nonobstant boire premierement du ruisseau dont nous beuvons peult estre prins pour le sacrement de baptesme qui estainct le peche original. Mais si davanture nous tumbons en peche nostre soif qui est nostre peche ne peult estre estaincte jusques a ce que nous ayons beu de la grande fontaine. Car comme dieu dit par la bouche de levangeliste. Je suis fontaine en la vie eternelle Les ruisseaulx ou veynes de ceste fontaine pevent signifier les sainctz escriptz Lesditz ruisseaulx procedans par la gueule dung chien putrefaict se pevent applicque aux parolles qui soirtoient par la bouche du prestre pecheur & toutesfois ilz ne laissent pas a estre bonnes et vertueuses et fault noter que on peult faire comparaison de prestres achiens Car ainsi que en ung chien y a quatre bonnes proprietez tout ainsi sont quatre bonne proprietez en ung bon prestre. Les quatre proprietez du chien sont telles. Premierement il a langue medicinable, lordorement, loyalle amour a son maistre et labboy Car comme chascun scait il nectoye par sa langue les playes et les cures, pareillement les curez doivent par leur langue cestassavoir par leurs sermons et remonstrances oster les playes de peche qui sont aux hommes. Secondement les chiens par

Mais non, vous ne vous êtes pas perdu !

 

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